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Ces petits conflits qui font les grands

Ces petits conflits qui font les grands

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La Pologne qui envoie des soldats à sa frontière orientale ; le Bélarus, en face, qui fait de même. Les Européens qui donnent leur appui aux Polonais ; les Russes aux Biélorusses. La Russie qui déploie aussi des milliers de troupes aux portes de l’Ukraine. On joue avec le feu, précisément là où les choses ont dégénéré en 1914 et 1939. 

Beaucoup trop alarmiste, bien sûr, de discerner les germes d’un nouveau conflit dévastateur dans les tiraillements de la dernière semaine. L’Europe est trop développée, trop sophistiquée, trop interdépendante pour flirter, de nouveau, avec ses vieux démons. N’est-ce pas toutefois ce que l’on a dit, puis répété au début du 20e siècle ? 

Une chose est sûre, nous devons nous débarrasser d’une déformation héritée de la Guerre froide : voir le monde en deux dimensions. Hier, le face-à-face États-Unis/Union soviétique ; aujourd’hui, le tête-à-tête États-Unis/Chine. La réalité s’est toujours révélée plus complexe et ces temps-ci, encore davantage.

La Chine a beau jouer les gros bras tout autour de chez elle, l’expansionnisme idéologique chinois ne ressemble en rien au prosélytisme marxiste-léniniste soviétique. Et « America is back » de Joe Biden s’inscrit aisément, pour l’instant, dans la suite de « America First » de son prédécesseur. Pour preuve, la sortie chaotique, mais sans remords d’Afghanistan.

L’ÉTINCELLE BIÉLORUSSE

Aleksander Loukachenko, le président du Bélarus, a déclenché une crise internationale, en accueillant des migrants du Moyen-Orient par une porte et en les poussant aussitôt vers une autre, celle de la Pologne et de l’Union européenne. Loukachenko, le dernier dictateur d’Europe, croule sous les sanctions pour ses multiples violations des droits politiques dans son pays. Il y aurait beaucoup à dire sur cette politique de revanche à coups d’êtres humains, mais l’impudence du leader biélorussien n’est possible que sous le regard protecteur du grand frère russe. La Russie qui, plus au sud, fait monter la température, en massant jusqu’à 90 000 soldats sur la frontière ukrainienne.

Un déploiement qui inquiète les Américains au point où le directeur de la CIA, un ancien ambassadeur en Russie, a été dépêché à Moscou pour prévenir l’escalade. On en vient à craindre l’invasion, mais c’est possiblement à un tout autre interlocuteur que les Russes adressent un message.

LES TURCS, CES TROUBLE-FÊTES

Les Ukrainiens ont marqué des points, le mois dernier, contre les séparatistes russes dans la région du Donbass, en utilisant un drone militaire Bayraktar turc fraîchement livré. Le succès a été tel que dès hier, Kiev annonçait son intention de s’équiper d’un autre escadron de drones turcs. 

La Turquie, d’ailleurs, ne se gêne pas pour tenir tête à la Russie depuis quelques années, d’abord en Syrie, en Libye, puis cet été en contribuant — avec ses drones, encore une fois — à la victoire de l’Azerbaïdjan sur l’Arménie, allié historique de Moscou, dans le Nagorno-Karabakh. 

Des tensions entre Ankara et Moscou, entre Minsk et Varsovie, entre Kiev et Moscou : nul besoin de redouter un affrontement entre superpuissances, les plus petites parviennent amplement à donner des cauchemars aux amants de la paix et de la stabilité.