/misc
Navigation

Le dossier Steele: une erreur flagrante des médias

Christopher Steele
Photo d'archives AFP Christopher Steele

Coup d'oeil sur cet article

Si vous vous intéressez à la politique américaine sur une base régulière, vous connaissez probablement déjà le tristement célèbre «Steele dossier», dont les médias ont abondamment parlé pendant la présidentielle 2016.

Le sujet est revenu sur le tapis récemment parce que la principale source des informations révélées dans ce rapport a été arrêtée par le FBI et accusée d’avoir menti à l’agence fédérale. Ce que confirme cette arrestation, c’est que de grands pans du contenu accablant de ce dossier pour le candidat Donald Trump ne reposent sur rien de crédible.

Je rappelle ici que le rapport en question résultait de demandes d’enquête d’une firme conservatrice, mais aussi du Parti démocrate et d’Hillary Clinton. En soi, ce genre d’enquête ne devrait pas surprendre, elles sont monnaie courante entre des adversaires, qu’ils soient de la même formation politique ou du camp adverse.

Au cœur du travail confié à la firme Fusion GPS, on retrouvait l’espion britannique Christopher Steele. C’est ce dernier qui aurait obtenu les confidences d’Igor Danchenko, l’homme récemment arrêté par le FBI.

Que contenait ce fameux rapport? Beaucoup d’informations sur les liens entre Donald Trump et la Russie. On y évoque de façon claire une conspiration, une collaboration étroite entre des Russes et l’équipe du candidat républicain. Pour faire bonne mesure, on y ajoutait quelques détails salaces d’une rencontre entre Donald Trump et des prostituées dans un hôtel de Moscou.

Ce rapport incomplet, contenant des informations brutes qui n’avaient pas toutes été corroborées, a fui dans plusieurs médias qui se sont empressés d’en dévoiler le contenu. C’est là que les choses se compliquent et qu’elles jettent un certain discrédit sur de nombreuses organisations.

Si des informations contenues dans ce rapport se sont par la suite avérées véridiques (la Russie favorisait une victoire de Trump et plusieurs des proches du président entretenaient des relations secrètes en Russie), aucun des éléments les plus graves ne fut appuyé solidement.

Que ce soit en raison des relations orageuses du candidat républicain avec la presse, ou encore parce que les grands médias se livrent une lutte féroce dans la quête des primeurs, on ne peut maintenant que déplorer l’empressement avec lequel on a fait circuler des informations fragmentaires ou mensongères.

Dans un article publié dimanche, le site Axios soulevait avec raison que trop peu de responsables dans les médias acceptent publiquement de reconnaître de graves erreurs commises dans leur couverture du «Steele Dossier».

Presque tous les médias ont fait leurs choux gras de ce rapport controversé et, à ce jour, seul le Washington Post a apporté des correctifs aux articles déjà publiés sur ce dossier. Au premier rang au banc des accusés de qui on attend une rétractation ou des précisions: CNN, MSNBC et le site progressiste Mother Jones.

Comme on le dit parfois dans le langage populaire, bien des médias «l’ont échappé» dans le traitement réservé à une nouvelle explosive et controversée. Déjà aux prises avec un déficit de confiance et la concurrence des réseaux sociaux, les responsables devraient s’empresser d’imiter le Washington Post et d’apporter les correctifs nécessaires.

Que le «Steel Dossier» soit partiellement vrai ne change rien à l’affaire. On a agi trop rapidement, sans perspective et sans toute la rigueur attendue de la part de professionnels. Ici, on apporte de l’eau au moulin des critiques et on oublie qu’il en va de la crédibilité du 4e pouvoir.