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130 km à la course autour de Montréal

Des ultramarathoniennes ont réalisé une première et notre chroniqueur a partagé leur expérience

Djouda et Anne-Lise photo principale épuisées
Photo Louis-Philippe Messier Doudja Mekamcha et Anne-Lise Nadeau, épuisées, mais heureuses après 130 km de course autour de Montréal.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Lorsqu’elles ont appris qu’aucune femme n’avait encore couru les 130 km du pourtour de Montréal, les coureuses Anne-Lise Nadeau, Isabelle Desjardins-David et Doudja Mekamcha se sont dit : « Eh bien, ça va être nous autres ! »

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En tant que journaliste qui se déplace surtout à la course, pouvais-je couvrir leur exploit autrement qu’en y participant ?

Leurs amis Laurent Teboul et François Decelles couraient aussi avec elles.

Nuit magique

La nuit blanche à courir avait quelque chose de magique.
Photo Louis-Philippe Messier
La nuit blanche à courir avait quelque chose de magique.

Les points de ravitaillement, trois en tout, ont été planifiés par Isabelle, 39 ans, dont le conjoint, en voiture, transporte nos vivres. 

« Nous partons du parc Jeanne-Sauvé, dans Ahuntsic, et nous y revenons après un tour dans le sens des aiguilles d’une montre », explique cette professeure à l’École de technologie supérieure.

« On commence par courir la nuit pour attraper le regain d’énergie du lever du soleil vers la mi-trajet », renchérit Anne-Lise, 42 ans, actrice et chanteuse.

La nuit s’avère magique. Près de Pointe-aux-Trembles, un chevreuil se laisse admirer. Même les raffineries illuminées de Montréal-Est nous enchantent.

En courant, j’engouffre 1 kg de fromage en grains, 1,5 kg de yogourt grec, 12 barres protéinées, environ 1 kg de jambon en cubes, six bananes et une profusion de jujubes énergisants.

Nos pas passent par Ahuntsic, Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies, Pointe-aux-Trembles, Montréal-Est, Tétreaultville, Maisonneuve, Hochelaga, Centre-Sud, Griffintown, Pointe-Saint-Charles, Verdun, LaSalle, Lachine, Dorval, Pointe-Claire, Beaconsfield, Baie-d’Urfé, Sainte-Anne-de-Bellevue, Senneville, Pierrefonds (sur l’horrible boulevard Gouin Ouest) et Cartierville.

Isabelle Desjardins-David, Djouda et Anne-Lise devant le pont Jacques-Cartier, illuminé à 2 h 22. Il restait encore 13 heures à courir.
Photo Louis-Philippe Messier
Isabelle Desjardins-David, Djouda et Anne-Lise devant le pont Jacques-Cartier, illuminé à 2 h 22. Il restait encore 13 heures à courir.

Hallucinations

Vers le 60e kilomètre, l’effort de courir nous a plongés dans une sorte d’état d’ébriété. Nous blaguons, rions. J’hallucine des animaux dans les fourrés... Nous croisons des gens saouls et nous aussi sommes « ivres »... autrement. 

J’ai droit à des confidences intimes ; courir ensemble si longtemps, ça rapproche. Le matin venu, des amis ultramarathoniens des trois coureuses apportent des hamburgers ou viennent courir un peu avec elles.

Au 97e kilomètre, Isabelle se blesse à une cuisse et tombe. Fini pour elle.

Doudja, 46 ans, une enseignante au primaire, traîne de la patte, mais elle suit. 

« Je ne suis pas une gagneuse de médailles et je veux montrer que les ultramarathons, c’est plus accessible qu’on le croit. »

Après 110 km, Doudja va mieux et c’est moi qui peine à suivre. Mes chevilles enflées me torturent. Encouragé par les autres, qui ne m’abandonnent pas, je me rends jusqu’au bout.

« Pas les dernières »

Vers 17 h 15 samedi, Anne-Lise Nadeau et Doudja Mekamcha deviennent les premières femmes à avoir couru le tour de Montréal. « Nous sommes les premières, mais pas les dernières », commente Doudja, les larmes aux yeux.

Mon application Strava a enregistré 132,86 km et 17 h 58 min de course.

En rouge, le tracé de notre course autour de Montréal.
Photo Louis-Philippe Messier
En rouge, le tracé de notre course autour de Montréal.

En l’honneur d’un ami décédé de la sclérose amyotrophique latérale, les consœurs ont dédié leur exploit à la lutte contre cette maladie.  


Vous pouvez toujours donner à leur campagne sur la page Facebook « Le tour de l’Île à la course pour la SLA ».

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