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Une voix commune prometteuse en éducation

GEN-ÉCOLE-ENSEIGNEMENT
Photo d'Archives, Agence QMI

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On apprenait récemment qu’un groupe d’enseignant.es au primaire et au secondaire travaille à la création d’une association professionnelle pour tous les fédérer. En tant qu’universitaires, chercheurs et formateurs d’enseignant.es, nous nous réjouissons d’une telle initiative et appuyons nos collègues de ces ordres d’enseignement dans leur démarche.  

Dans un sondage paru en mars dernier, la firme Léger rappelait que les enseignant.es font partie des professionnels qui inspirent le plus confiance au public. Plus précisément, 88% de la population a confiance en eux. 

Dévalorisation de la profession

En dépit d’une telle réputation favorable, pour plusieurs raisons, la profession enseignante souffre de dévalorisation depuis des années. Parmi les conséquences, la fonction a connu une désertion massive, qui se traduit maintenant par une pénurie historique nécessitant l’embauche de personnes non légalement qualifiées. Le problème est d’une telle ampleur que le gouvernement a lancé une vaste opération de valorisation, de mobilisation et de persévérance. 

Parmi les marques de dévalorisation, la faible considération des enseignant.es lors de prises de décisions concernant leur profession et dans l’élaboration de pistes de solutions constitue un irritant majeur. Hélas, la pandémie a exacerbé cette situation. Alors que des regroupements et diverses associations ont pu faire entendre leurs points de vue à propos de sujets chauds comme la continuité pédagogique ou le retour en classe, les principaux acteurs avaient peu de voix au chapitre. Comment vivaient-ils ces changements professionnels majeurs? Comment se sentaient-ils au sein d’une école fragilisée plus que jamais? À aucun moment dans les médias, ils n’ont pu s’exprimer sur les décisions importantes qui étaient prises, les reléguant ainsi au rôle d’exécutant. Nul doute qu’ils se sont sentis négligés, voire oubliés. 

Se regrouper

Dans ce contexte, un point de rupture a été atteint pour de nombreux enseignant.es, les menant à souhaiter se regrouper et se faire entendre. La création de l’Association professionnelle des enseignantes et des enseignants voit le jour pour répondre à ce besoin de reconnaissance souhaité par ces acteurs de première ligne. 

L’initiative, menée par Sylvain Dancause, un enseignant au secondaire, vise principalement à valoriser la profession; à faire reconnaître, de façon organisée, la voix plurielle des enseignant.es en les représentant auprès d’une gamme de parties prenantes de la société; à faire reconnaître l’enseignant.e comme pivot de l’apprentissage des élèves, avec l’autonomie professionnelle requise. 

En tant qu’observateurs, formateurs et partenaires des enseignant.es, cette démarche d’agentivité nous semble cruciale pour la profession et sa mission auprès des élèves. En désirant ainsi s’organiser, les enseignant.es exercent leur leadership et montrent qu’ils sont capables d’autodétermination et d’affirmation de leur identité professionnelle. La démarche nous semble tout à fait cohérente avec le mouvement de professionnalisation de l’enseignement entamé depuis les années 1990 dans la province. 

Le type de regroupement retenu – une association plutôt qu’un ordre – nous semble de plus tout indiqué. Un ordre professionnel aurait eu pour vocation de défendre les intérêts du public. Or, cette idée a peu de légitimité auprès d’une majorité d’enseignant.es. En imposer un serait contraire au besoin d’autodétermination. L’Ordre des professions a aussi émis un avis défavorable quant à sa nécessité en enseignement. 

Une association permettra de mieux faire connaître et reconnaître les caractéristiques de la pratique des enseignant.es au primaire et au secondaire. Des questions relatives aux conditions pédagogiques et administratives requises pour contribuer pleinement à l’apprentissage et au développement des jeunes pourront être soulevées. Leur intérêt consistera à miser sur les ressemblances plutôt que sur les différences. En se dotant d’une telle voix commune, nos collègues pourront se faire entendre sans intermédiaire, en rendant compte des logiques d’action qui leur sont propres et, surtout, dont eux seuls peuvent témoigner des tenants et aboutissants. 

Espoir

Une telle association est donc complémentaire aux réalisations des associations disciplinaires existantes. Elle se distingue aussi du mandat de négociation et de protection des conditions de travail des syndicats. Ou encore de celui d’une coalition qui poursuit un but précis sur un horizon temporel court. 

La création d’une association d’enseignant.es est un moyen de se redonner espoir collectivement et de prendre parole dans l’espace public. Nous ne pouvons qu’applaudir une telle initiative. Nous restons à l’affût des développements et sommes disposés à collaborer dans un esprit égalitaire. 

Stéphane Allaire (UQAC)

Nancy Granger (U. Sherbrooke)

Jean Bernatchez (UQAR)

Catherine Dumoulin (UQAC)

Raoul Kamga (UQAM)

Nicole Monney (UQAC)

Izabella Oliveira (U. Laval)

Geneviève Therriault (UQAR)

Patrick Charland (UQAM)

Mélanie Paré (U. Montréal)

Annie Charron (UQAM)

Stéphane Martineau (UQTR)

Ann-Louise Davidson (U. Concordia)

Nadia Naffi (U. Laval)

Nancy Goyette (UQTR)

Mélanie Tremblay (UQAR)

Glorya Pellerin (UQAT)

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