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François Legault offre une souveraineté light

François Legault offre une souveraineté light
Photo Agence QMI, Andréanne Lemire

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Remplacer des produits chinois par des produits québécois, favoriser les contrats à des entreprises québécoises, François Legault a célébré le 10e anniversaire de son parti en lançant un vaste chantier économique.

Des milliards de dollars en jeu pour créer des filières québécoises au chapitre de l’hydrogène vert, de l’électrification des transports, de l’innovation.

Lui qui a gagné le pari du nationalisme identitaire pour redonner sa fierté au Québec, mise sur le nationalisme économique pour l’enrichir.

Que le traditionnel « Québec d’abord » révèle soudainement des relents du « America first » de Donald Trump ne semble déranger personne. Que son « Made in Quebec » rappelle le « Buy America » de l’administration Biden qui fait trembler toute l’économie canadienne non plus.

Preuve ultime de son pragmatisme en politique, François Legault offre aux Québécois une « souveraineté light ». 

Un peu comme le Coca-Cola. C’est presque aussi bon que l’original, mais pas tout à fait. La souveraineté sans les risques et déchirements.

Un vrai Québec fort dans un Canada uni !

Meilleur des deux mondes

Le projet a de quoi faire rêver.

Un Québec qui deviendrait un modèle d’innovation, un pôle d’exportation verte, dopé par les milliards de l’État québécois et mené à bien par des entrepreneurs fiers et ambitieux avec l’aide d’une main-d’œuvre requalifiée.

Comment dire non à une telle proposition ? Elle est assez ambitieuse économiquement pour rallier les fédéralistes, assez nationaliste pour donner espoir aux souverainistes déçus.

Ce que François Legault n’a pas expliqué, c’est comment il compte faire atterrir ce rêve dans la réalité économique d’aujourd’hui.

Certes, on peut convaincre les Québécois d’acheter la nourriture de toutou et minet chez Mondou ou Chico plutôt que chez Petsmart. Mais quand même Louis Garneau s’est vu obligé de délocaliser une grande partie de sa production pour survivre, force est d’admettre que le « Québec d’abord » a ses limites.

D’ailleurs, comment convaincre les États-Unis de laisser une place à nos entreprises dans ses grands projets d’infrastructures, si Québec compte favoriser avant tout ses entreprises dans le contrat de 5 milliards de dollars pour des autobus électriques ?

Le risque fédéral

La stratégie de François Legault n’est pas passée inaperçue ailleurs au pays.

Lundi, le premier ministre de l’Alberta se désolait de voir le Québec avoir eu encore une fois droit à un traitement favorable dans le dossier des garderies.

La semaine précédente, c’est le premier ministre voisin, Scott Moe, qui affirmait vouloir faire reconnaître la Saskatchewan comme une nation.

Jusqu’ici, le gouvernement Trudeau s’est accommodé du nationalisme d’un François Legault trop fort pour être confronté. Mais pendant combien de temps les libéraux pourront-ils se le permettre ?

Car à coup de nationalisme identitaire et économique, à coup d’ententes particulières avec Ottawa, le Québec s’éloigne de plus en plus du Canada.

Les souverainistes s’y accrochent dans l’espoir de voir renaître leur option. À l’inverse, les fédéralistes devront formuler une alternative à cet isolationnisme québécois qui continue petit à petit à miner l’unité de l’ensemble du pays.