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Les prisonniers sont classés selon leur teint de peau

La pratique a des effets discriminatoires selon l’avocat Julius Grey

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Les prisonniers québécois sont classés par les services correctionnels du Québec selon les teintes de leur peau, révèle une étude. Une pratique qui défie les droits de la personne, selon des experts.

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« Cette façon de classer les prisonniers est inconcevable, tant sur le plan de la dignité humaine que d’un point de vue scientifique ou statistique », lance le chercheur en relations industrielles Pierre Tircher, coauteur avec Guillaume Hébert du portrait des personnes judiciarisées au Québec, réalisé par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) et qui paraît aujourd’hui.

Dans cette première étude depuis 10 ans à tracer le portrait des personnes qui détiennent un casier judiciaire au Québec, le chercheur a recouru à la Loi d’accès à l’information afin de connaître des éléments personnels comme l’appartenance à une nation autochtone ou à une minorité culturelle, la scolarité ou les revenus.

Quand ils ont découvert que le « teint de la peau » était considéré comme un élément de catégorisation, ils ont été très étonnés.

Services correctionnels du Québec catégorise le nombre d’admissions dans une prison en 4 catégories, soit « pâle, clair, moyen et foncé ».  

  • Écoutez l’entrevue de Pierre Tircher, chercheur associé à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques   

« Inhabituelle et incongrue »

Le ministère de la Sécurité publique nous a assuré que ce classement n’était pas utilisé à des fins de statistique ou d’analyse.

Les auteurs soulignent quand même que « cette manière inhabituelle, voire incongrue, de qualifier la couleur de peau d’une personne ne correspond pas aux catégories établies par Statistique Canada dans les recensements ».

Pour Julius Grey, avocat spécialisé dans les droits de la personne, cette pratique est « inappropriée, non pertinente et a un effet discriminatoire ». « Il peut y avoir des cas où la couleur de la peau peut être une information pertinente, dans le cas de maladies qui touchent davantage tel ou tel groupe ethnique, mais dans le cas présent c’est injustifié », dit-il.

Me Grey ajoute que des associations de personnes racisées pourraient porter plainte pour discrimination.

Selon la criminologue Maria Mourani, la classification selon les teintes de peau est « plus idiote que raciste ». 

« Je ne comprends pas à quoi peut servir une telle catégorisation. En termes de recherche, ça n’a aucun sens », lance-t-elle.

Commandée l’an dernier par le Comité consultatif pour la clientèle judiciarisée adulte, l’étude confirme une tendance lourde : les jeunes entre 18 et 29 ans et les hommes forment l’immense majorité des personnes judiciarisées.

Une analyse détaillée de ce groupe permet de préciser que les personnes autochtones et les personnes racisées sont surreprésentées en prison.

Le ministère se défend

Le ministère se défend d’utiliser ces données pour classifier les détenus. 

« Ces informations servent notamment à identifier la personne au moment de sa libération et peuvent s’avérer particulièrement utiles dans l’éventualité où une description doit être transmise aux services policiers, par exemple à la suite d’une évasion », explique la porte-parole Marie-Josée Montminy.

Mercredi matin, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a indiqué qu’elle ferait un suivi auprès de sa direction générale des services correctionnels. «Il semble que c’est le genre d’information qui est utilisée vraiment uniquement à l’interne, de manière confidentielle, avec des caractéristiques qui sont utilisées comme d’autres types de caractéristiques, d’ailleurs, par exemple un tatouage, une cicatrice, et tout ça, pour des situations très particulières où on doit absolument identifier quelqu’un, exemple une évasion, ou un risque d’évasion. »

- Avec la collaboration de Marc-André Gagnon, Bureau parlementaire

LA COULEUR DES DÉTENUS  

Teint foncé : 9 %

Teint moyen : 24 %

Teint clair : 31 % 

Teint pâle : 35 %

6,6 %

Proportion d’Autochtones en prison alors qu’ils représentent 2,3 % de la population québécoise.

84 %

Proportion d’hommes en prison alors qu’on dénombre plus de femmes au Québec.

Source : Institut de recherche et d’informations socioéconomiques

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