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Les riches pays pétroliers du Golfe misent sur l’intelligence artificielle

Les riches pays pétroliers du Golfe misent sur l’intelligence artificielle
Photo AFP

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Dubaï | Les robots qui sillonnent le site de l’Exposition universelle de Dubaï, aux Émirats arabes unis, laissent présager une nouvelle ère dans le Golfe où des villes futuristes, fondées sur l’intelligence artificielle, voient le jour.

Connecté au réseau 5G, le site pharaonique de l’Expo 2020, qui fait deux fois la taille de Monaco, est en soi une «ville du futur» et va rester une plateforme pour le développement des nouvelles technologies, avait indiqué à l’AFP la responsable de l’événement avant son ouverture en octobre.

Des robots y accueillent les visiteurs et peuvent enregistrer leurs commandes de restauration.

D’un coût de 7 milliards de dollars, ce projet n’est pas le seul dans la riche région du Golfe, où désormais les petro-dollars sont investis dans l’avenir post-pétrolier de la zone.

L’Arabie saoudite voisine a investi quelque 500 milliards de dollars (environ 437 milliards d’euros) dans son méga-projet NEOM, une mégapole futuriste en cours de développement sur la mer Rouge et teste des taxis volants.

Dans le richissime royaume pétrolier, l’intelligence artificielle est au coeur d’autres projets, comme une nouvelle station balnéaire en chantier sur la mer Rouge, avec des technologies de pointe pour surveiller les impacts environnementaux et les mouvements des visiteurs.

Selon des analystes, les monarchies du Golfe sont prêtes à parier gros sur l’intelligence artificielle, conscientes de leur dépendance aux industries liées aux énergies fossiles.

«Vous avez des dirigeants qui anticipent, qui ont un certain goût du risque et voient bien le besoin de transformation», a déclaré à l’AFP Kaveh Vessali, du cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers (PwC) Moyen-Orient.

Transport automatisé

Avec des cours sur l’intelligence artificielle dès l’école primaire à Bahreïn, un projet de livraisons par drones au Émirats ou encore l’ objectif de Dubaï d’atteindre une part de 25% de transports automatisés d’ici 2030, les pays du Golfe démontrent leur appétit pour les nouvelles technologies.

Autre signe de cet engagement, les Émirats ont nommé en 2017 leur premier ministre d’État dédié à l’intelligence artificielle, Omar Ben Sultan al-Olama.

Selon un rapport de PwC, la région du Moyen-Orient ne représentera d’ici 2030 que 2% de l’économie mondiale liée à l’intelligence artificielle, évaluée à 15,7 milliards de dollars (environ 13,7 milliards d’euros).

Mais pour plusieurs analystes, les monarchies du Golfe (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis) misent sur le long terme et pourraient un jour dépasser les principaux acteurs.

Selon PwC, la croissance annuelle du marché de l’intelligence artificielle des pays du Golfe - Émirats et Arabe saoudite en tête - se situe entre 20 et 34%. Cette activité pourrait, selon la même source, représenter pour ces deux pays 10% de leur PIB d’ici 2030.

«Les gouvernements (du Golfe) ont le luxe d’être plus stratégiques», a expliqué M. Vessali, évoquant des plans à 20 ou 50 ans.

«Cela n’existe pas d’une part dans le secteur privé et d’autre part en Occident», ajoute-t-il.

La plupart des entreprises du Golfe sont en effet soit à 100% ou au moins en partie gouvernementales, et sont donc moins soumises à la pression de générer des bénéfices à court-terme, ajoute-t-il.

Processus «simplifié»

L’idée «d’être vue comme étant à la traîne en terme de nouvelles technologies est considérée dans la région comme un risque plus important que tout autre», indique à l’AFP Cesar Lopez, directeur de Datumcon, une entreprise qui développe notamment des technologies pour scanner et identifier les conteneurs endommagés au port de Jebel Ali à Dubaï, un des plus actifs au monde.

«Prendre le risque de faire ce que les autres ne font pas a permis d’attirer (des entreprises) et de construire un marché», estime-t-il saluant aussi un processus de prise de décisions «simplifié» aux Émirats.

Mais le manque de fiabilité et la difficulté d’accès aux données, au coeur du développement des systèmes liés à l’intelligence artificielle, reste une entrave.

«Cela va prendre quelques années» avant d’avoir un système performant dans la région, estime Stephan Rawson, associé dans le cabinet de conseil Oliver Wyman.

Un démarrage plus tardif dans la collecte de données pourrait cependant s’avérer être un atout avec des systèmes à terme plus rationalisés, dit M. Rawson.

Et, selon lui, ce développement sera plus facile qu’en Occident où les entreprises privées ne se mobilisent que «s’il y a un bénéfice à la clé pour chacune d’entre elles», estime-t-il.