/opinion/columnists
Navigation

«Mon père, pourquoi m’as-tu abandonné?»

Young street gang
Photo Adobe Stock

Coup d'oeil sur cet article

Quand on se penche sur le phénomène des gangs de rues, on privilégie presque toujours l’approche sociologique. 

Si des adolescents décident de se joindre à des gangs de rue, c’est pour assouvir un besoin d’appartenance, faire partie d’une communauté...

Parce qu’ils sont pauvres ou victimes de discrimination, parce qu’ils veulent combler un « vide social »...

Parce qu’ils résident dans un quartier où il manque cruellement de ressources, parce qu’ils souhaitent être perçus comme des gens qui ont réussi, parce qu’ils vivent à une époque où l’on privilégie l’argent et la consommation, etc.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

« MON PÈRE, POURQUOI M’AS-TU ABANDONNÉ ? »

Mais s’il y avait aussi des raisons psychologiques derrière ce choix ?

« Le phénomène des gangs de rue dans la communauté haïtienne est beaucoup plus complexe que ne le laisse croire le poncif selon lequel la pauvreté serait la grande responsable. »

Plusieurs adolescents d’origine haïtienne se joignent aux gangs de rue « pour panser les blessures provoquées par l’absence de leur père ».

Ce sont des « adolescents en détresse qui vivent dans un foyer monoparental ».

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Walter Innocent Jr, auteur du blogue « Selon Walter ». 

Comme l’a dit un membre de gang de rue qui a été interviewé par La Presse il y a quelques semaines : « Les gars du quartier qui formaient un gang de rue sont devenus ma famille. Tous ces gars avaient une chose en commun : un père absent. »

On ne compte plus le nombre d’études affirmant que les membres de gangs sont nombreux à avoir été éduqués par un parent seul, la mère dans la plupart des cas.

« L’absence des pères et la rareté des modèles masculins constituent des facteurs de risque » susceptibles de pousser des jeunes à se joindre à des gangs de rue, affirmait une étude sérieuse rédigée par le psychologue Stephen J. Danyko en 2008.

  • Écoutez l'entrevue de Richard Martineau avec Égide Royer, psychologue et spécialiste de la réussite scolaire, sur QUB radio:

LES PÈRES TOXIQUES

La figure du père a très mauvaise presse ces temps-ci. 

Le père, c’est l’autorité, la toute-puissance, la domination. 

Et le patriarcat est la cause de tous les maux qui affligent le monde, allant du racisme à l’exploitation des pays pauvres en passant par la surconsommation et les changements climatiques.

Mais si le rôle du père était plus important qu’on ne le croit dans la construction mentale des jeunes garçons ?

Se pourrait-il qu’on soit en train de jeter le bébé avec l’eau du bain en tirant de la sorte sur la figure symbolique du père ?

Relisez Guy Corneau, auteur du livre Père manquant, fils manqué.

Les jeunes garçons ont besoin d’un modèle masculin positif inspirant. S’ils n’en trouvent pas dans leur famille, ils vont aller en chercher un ailleurs. 

Au travail. Ou dans des gangs de rue. 

C’est bien beau, critiquer la masculinité toxique.

Mais se rend-on compte du mal que l’on fait aux jeunes garçons en parlant des hommes de façon toujours négative ?

BESOIN DE LIMITES

L’autorité n’est pas un concept négatif en soi. Les jeunes, surtout les jeunes hommes, ont besoin qu’on leur impose un cadre, des limites. 

Des règles. 

Plus on évacuera la figure du père de notre discours collectif, plus certains jeunes seront tentés de se tourner vers des figures paternelles hyper autoritaires et hyper viriles pour compenser...