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Ne tuez pas Brassens!

Ne tuez pas Brassens!
Photo d'archives, AFP

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Georges Brassens aurait eu 100 ans en 2021.

Au Québec, on va présenter un spectacle lui rendant hommage... mais les concepteurs ont pris soin d’enlever du répertoire les chansons qui, selon eux, « ne passaient pas ».

C’est le comble pour un poète qui a passé sa vie à ridiculiser les bien-pensants, les donneurs de leçon et dont plusieurs chansons ont été censurées !

LA MAUVAISE RÉPUTATION

Michel Rivard, Valérie Blais, Luc De Larochellière et Ingrid St-Pierre présenteront donc au printemps 2022 Les polissons de la chanson, dont la mise en scène et la conception sont d’Alice Ronfard.

Voici ce qu’on pouvait lire hier dans La Presse : « Se pencher sur l’œuvre de Brassens, c’est inévitablement se poser des questions [...] “Il faut y penser”, concède d’emblée Alice Ronfard qui, lors du tri, a déterminé que certaines chansons “ne passaient pas” ».

Si on commence à trier les chansons selon leur degré d’« offensivité », on va carrément à l’encontre de l’esprit Brassens.

  • Écoutez la chronique de Sophie Durocher au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB radio:

Je propose au contraire qu’on prenne les chansons les plus « offensantes » de Brassens pour lui rendre hommage comme il faut.

Je commencerais par Une jolie fleur : « Elle n’avait pas de tête, elle n’avait pas / L’esprit beaucoup plus grand qu’un dé à coudre / Mais pour l’amour on ne demande pas / Aux filles d’avoir inventé la poudre ».

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Je continuerais avec Les casseuses : « Quand vous ne nous les caressez pas, chéries / Vous nous les cassez ». (Les plus perspicaces auront compris qu’il parlait des couilles).

Je continuerais avec La chasse aux papillons, pour ce passage sur le consentement : « Sur sa bouche en feu qui criait : ‘‘Sois sage !’’ / Il posa sa bouche en guise de bâillon ».

Le point culminant du spectacle serait Je suis un voyou : « J’ai croqué dans son corsage / Les fruits défendus / Elle m’a dit d’un ton sévère / ‘‘Qu’est-ce que tu fais là ?’’ / Mais elle m’a laissé faire / Les filles, c’est comme ça... »

J’aimerais entendre la chanson Putain de toi, où il traite sa conjointe de salope. Dans Le pornographe, il dit qu’elle a « le feu au cul ».

Et dans Misogynie à part, il affirme qu’il n’y a que trois catégories de femmes : les emmerdantes, les emmerdeuses et les emmerderesses, et que sa femme est... les trois à la fois !

Dans Quatre-vingt-quinze pour cent, il chante : « Quatre-vingt-quinze fois sur cent / La femme s’emmerde en baisant / Qu’elle le taise ou le confesse / C’est pas tous les jours qu’on lui déride les fesses ».

LA MAMAN DE BRASSENS

Dans une entrevue, Brassens a déjà raconté à quel point sa propre mère détestait ses chansons ! Elle se disait : « Comment ce garçon si bien élevé, que j’ai élevé avec tant de soin et dont tout le monde disait du bien, a-t-il pu devenir si brusquement ce grossier personnage, cet être mal embouché ? ».

Mais Brassens précisait : « Elle n’a pas compris que c’était un jeu, que c’était une forme d’art ».

Manifestement, il n’y a pas que la mère de Brassens qui n’a pas compris le deuxième degré...