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Violence: une situation qui perdure à Montréal

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Photo Agence QMI, Thierry Laforce

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Le meurtre d’un jeune adolescent survenu dimanche dans le quartier de Saint-Michel continue de susciter l’indignation, alors que même le premier ministre du Québec y a réagi. Sur le terrain toutefois, les intervenants rappellent que son cas n’est pas unique.

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Depuis le début de l’année, le nombre d’incidents violents s’est multiplié à Montréal. La mort de Thomas Trudel est le 31e homicide de l’année à survenir dans la métropole. Toutefois, ce dernier crime semble susciter davantage de réactions.

«Les gens qui souffrent, ce sont les familles de ces jeunes-là, ainsi que les communautés dont ils sont issus. Et on ne parle pas du tout de leur souffrance», s’est désolé Pierreson Vaval, directeur d'Équipe RDP et instigateur de la Coalition Pozé, un regroupement mit sur pied pendant l’été pour réclamer une nouvelle stratégie pour lutter contre la violence armée. 

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Sans vouloir se prononcer sur la situation de Thomas Trudel, il a dénoncé les discours qui tendent à déshumaniser les jeunes dans ces problématiques.

Tant pour lui que pour d’autres intervenants interrogés pour cet article, l’une des causes actuelles est la trop grande accessibilité des armes à feu, alors que leur trafic est florissant dans la métropole.

«On était habitué à ce que des mineurs dans des gangs aient accès à des armes. Ce qu’on constate, c’est qu’on en a qui ne sont pas liés à des groupes criminels qui vont aussi s’armer», a fait remarquer la criminologue Maria Mourani. Elle a ajouté qu’à cette problématique se superposent également des conflits personnels entre membres de gangs.

Impliqué dans le milieu communautaire de Saint-Léonard, Beverley Jacques, directeur de DOD basketball et membre de la Coalition Pozé, estime d’ailleurs qu’il faut s’attaquer aux racines de cette crise. «Le fait que les armes arrivent dans les mains de nos jeunes, c’est le résultat d’une inaction. La vraie source du problème, c’est le trafic d’armes», a-t-il pointé.

Violence et confinement

La dernière année a également été marquée par la COVID-19 et le confinement, qui pourraient avoir eu une incidence sur la vague de violence, selon les intervenants.

«Le confinement nous a tous rendus plus impatients et plus agressifs. On a juste à sortir pour voir que les gens sont sur les nerfs. L’ambiance est tendue», a constaté Mme Mourani, qui a pris pour exemple la hausse des cas de violence conjugale.

Elle a précisé toutefois que rien ne permet encore de prouver scientifiquement que le confinement a eu une incidence sur la violence armée.

De son côté, M. Vaval semble d’accord avec cette analyse, rappelant que l’augmentation de la violence semble visible dans toutes les couches de la société.

«Nos jeunes marginalisés, qui vivaient déjà dans un contexte de violence, n’auraient pas pu y échapper. C’est un groupe qui n’a pas de filet social. Il n’y a pas suffisamment de ressources mises en place pour leur donner une porte de sortie», a-t-il estimé.

Sur le web

Tous ont montré du doigt les réseaux sociaux, qui ont une influence négative sur les jeunes marginalisés, laissés à eux-mêmes en raison des règles sanitaires.

«On a beaucoup maintenant de criminalité numérique, et c’est aussi là que sont les jeunes. Dans le monde virtuel, il y a des situations qui se passent, qui se règlent ensuite dans le monde réel», a expliqué M. Jacques.

Cet aspect a notamment été mis en évidence à la suite du meurtre de Jannai Dopwell, où des jeunes ridiculisaient sa mort dans des vidéos devenues virales.

«La culture de la violence est très présente sur les réseaux sociaux, où les jeunes s’exposent avec leurs armes», a ajouté Mme Mourani.

Des pistes de solution

Tant pour M. Jacques que pour M. Vaval, il est impératif d’offrir un plus grand encadrement aux jeunes, afin de les occuper et de pouvoir être présent pour eux.

«Les jeunes marginaux n’ont même plus accès à un gymnase pour se défouler et trouver une alternative à la violence. On ne peut plus les accompagner comme on le faisait avant. Ils sont laissés à eux-mêmes», a dénoncé M. Vaval.

De même, il est important à ses yeux de pouvoir leur proposer des portes de sortie qui les valoriseront et qui leur montreront qu’ils ont une place dans la société.

«Si on n’arrive pas avec des solutions qui touchent cet aspect, on va se retrouver avec des situations qui vont perdurer», a-t-il prévenu.

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