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Le glas du français sonne déjà au Québec

Collège Jean-Eudes
Photo Chantal Poirier

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Alors que le malheureux discours de Michael Rousseau fait encore gloser, trois « incidents » apportent un éclairage inquiétant sur l’avenir du français chez nous.

Le premier, c’est l’émission En direct de l’univers, consacrée à Louis Morissette, humoriste et producteur bien connu. Puis, c’est un éditorial d’Étienne Gernelle, intitulé Kundera, Zemmour et la tragédie des « petites nations », publié dans le magazine Le Point, édition du 4 novembre. Enfin, il y a Speak Not, un livre que vient de publier James Griffiths, correspondant du Globe and Mail en Asie.

Dans les trois cas n’ayant rien à voir l’un avec l’autre, la survie du français est en question. Le premier à cause de l’indifférence de Radio-Canada et de ses producteurs. Dans les deux autres cas, c’est pour cause de force majeure ou en raison de notre négligence que le français est en péril.

C’est loin d’être la première fois qu’on reproche à la populaire émission de France Beaudoin de réserver à la chanson anglaise une place disproportionnée. Les responsables se dédouanent toujours en prétextant que la musique n’est pas leur choix, mais celui de l’invité. Comme si on ne pouvait souligner à la personne à laquelle on rend hommage que l’émission est diffusée par un réseau FRANÇAIS.

LES CHOIX DE MORISSETTE

Ce soir-là, si j’ai bien compté, Louis Morissette avait choisi 19 chansons anglaises. Rien de moins. Pourtant, la « clientèle » qui permet à sa famille d’avoir un train de vie si enviable est en grande majorité francophone. Elle aurait droit, il me semble, à plus de respect.

Dans l’éditorial du Point, Étienne Gernelle reprend la thèse de Milan Kundera sur le sort d’une langue dans une « petite nation ». Dans Un Occident kidnappé, article publié dans Le Débat que Gallimard vient de rééditer, Kundera écrit : « Un Français, un Russe, un Anglais n’ont pas l’habitude de se poser des questions sur la survie de leur nation. [...] Sa survie est assurée par le nombre de ceux qui parlent la même langue. »

La proportion de francophones au Canada sera bientôt de 20 %. À moins d’un revirement miraculeux, cette proportion continuera de décroître. Même les plus optimistes d’entre nous ne peuvent s’empêcher d’imaginer qu’un jour, un gouvernement fédéral remettra en question la loi des deux langues officielles.

L’AVENIR DANS UN QUÉBEC INDÉPENDANT

Le français serait-il en meilleure posture dans un Québec indépendant ? Les propos de Kundera voulant que le nombre de ses locuteurs soit l’unique gardien d’une langue contredisent les souverainistes purs et durs. Ceux-ci sont convaincus que le français survivrait plus facilement dans la « petite nation » que constituerait le Québec séparé.

Malgré les quelques Québécois qui se battent bec et ongles pour le français, celui qu’on parle dans la plupart des foyers ou celui qu’on entend à la télévision, au cinéma et à la radio n’est-il pas en train de se réduire au statut de dialecte, réduisant du même coup notre culture au rang de folklore ?

Les mots du journaliste James Griffiths sonnent comme un glas. Dans son livre, il écrit « qu’une langue disparaît parce que ceux qui la parlent en laissent une autre la déloger, par malice ou par négligence ».

« Une langue ne se perd pas, conclut-il, elle est envahie par une autre. »

Il faut passer quelques jours à Paris pour constater à quel point l’anglais est envahissant, les Français eux-mêmes s’en faisant complices. Au Québec, demandons-nous si le français déliquescent que nous parlons est une langue que comprendront demain les autres francophones du monde.