/world/usa
Navigation

Meurtre de deux manifestants antiracistes: Kyle Rittenhouse déclaré non coupable

Coup d'oeil sur cet article

KENOSHA | Le jeune Américain Kyle Rittenhouse, qui a tué deux personnes en marge de manifestations antiracistes en 2020 à Kenosha, a été acquitté vendredi à l’issue d’un procès qui a révélé les fractures des États-Unis sur les armes à feu et le mouvement black Lives Matter.

• À lire aussi: Procès Rittenhouse et Arbery: une définition de la folie

• À lire aussi: Procès d'un Américain qui a tué deux manifestants antiracistes: le jury entame les délibérations

• À lire aussi: Le drame de Kenosha «provoqué» par l'accusé, plaide le procureur

Les douze jurés d’un tribunal de l’État du Wisconsin l’ont déclaré «non coupable» des cinq chefs d’accusation qui pesaient contre lui, dont celui de meurtre, au quatrième jour de leurs délibérations.

Le jeune homme blanc de 18 ans, qui encourait la réclusion à perpétuité, avait plaidé la légitime défense. À la lecture du verdict, il s’est effondré en larmes avant de quitter rapidement la salle d’audience. À l’extérieur, des cris de joie de ses supporteurs ont retenti.

Le président démocrate Joe Biden s’est, lui, dit «inquiet et en colère». Mais dans un communiqué, il a demandé aux Américains à respecter la décision des jurés. «J’appelle tout le monde à exprimer ses opinions pacifiquement, dans le respect de la loi.»

L’ex-président Donald Trump, qui avait déjà publiquement pris la défense de M. Rittenhouse après les faits, lui a de son côté apporté à nouveau son soutien vendredi soir.

«Félicitations à Kyle Rittenhouse pour avoir été déclaré INNOCENT», a déclaré M. Trump dans un communiqué diffusé par sa porte-parole. «Si ça, ce n’est pas de la légitime défense, rien ne l’est!» a-t-il ajouté.

Pour éviter d’éventuels débordements, le gouverneur du Wisconsin, Tony Evers, a demandé à 500 soldats de la Garde nationale de se tenir prêts à intervenir. Joe Biden a précisé avoir offert le soutien de forces fédérales.

Devant le tribunal, seule une poignée de personnes ont manifesté leur écœurement: «coupable, coupable, le système est diablement coupable», ont-elles scandé. «C’est un triste jour pour l’Amérique», a dit à l’AFP Will Diaz, un ouvrier de 44 ans.

«Touriste du chaos»

Le 23 août 2020, alors que les États-Unis étaient traversés de manifestations géantes contre le racisme et les violences policières, cette ville de la région des Grands Lacs s’était enflammé après une bavure contre un Afro-Américain. 

  • Écoutez l’analyse de Luc Laliberté, spécialiste de la politique américaine:   

Alors âgé de 17 ans, Kyle Rittenhouse s’était équipé d’un fusil semi-automatique AR-15 et avait rejoint des groupes armés venus «protéger» les commerces. Dans des circonstances confuses, il avait ouvert le feu, tuant deux hommes et en blessant un troisième.

«Je n’ai rien fait de mal, je me suis juste défendu», a-t-il plaidé, en pleurs, lors de son procès, assurant avoir tiré après avoir été pris en chasse et attaqué par ces trois hommes -- tous blancs comme lui.

L’accusé était «un touriste du chaos» qui «cherchait l’excitation» et s’est «volontairement et en toute connaissance de cause mis dans une situation dangereuse», a rétorqué le procureur Thomas Binger dans son réquisitoire.

Pendant les deux semaines de procès, Kyle Rittenhouse a comparu libre, des soutiens ayant payé les deux millions de dollars de sa caution.

Le jeune homme est en effet devenu une égérie dans certains milieux de droite, pour qui les manifestations organisées sous la bannière Black Lives Matter (les vies noires comptent) étaient l’œuvre d’» antifas» ou «d’anarchistes».

Il a été régulièrement qualifié de «héros» ou de «patriote» par les médias ultraconservateurs et, vendredi, plusieurs élus républicains se sont réjouis de son acquittement. «Justice a été rendue», a notamment tweeté le sénateur du Wisconsin Ron Johnson.

«Justice à deux vitesses»

À l’inverse, pour les partisans d’un meilleur encadrement des armes à feu, il incarne les excès du droit à l’auto-défense.

«Qu’un adolescent puisse (...) tirer sur trois personnes, en tuant deux, sans aucune conséquence pénale est un déni de justice», a estimé Shannon Watts, la fondatrice du groupe Moms demand action. «C’est aussi l’Amérique que la NRA a créée», a-t-elle ajouté, en référent au puissant lobby des armes National Rifle Association qui milite pour un droit illimité au port d’arme. 

  • Écoutez la chronique de Vincent Dessureault avec Geneviève Pettersen sur QUB radio:    

Parmi les défenseurs de la communauté afro-américaine, l’amertume était tout aussi palpable.

«C’est un nouvel exemple d’une justice à deux vitesses à l’œuvre en Amérique», a estimé l’avocat Ben Crump, qui a défendu de nombreuses victimes de violences policières et leurs proches. Si Kyle Rittenhouse «avait été noir, les débats et leur issue auraient été très différents», a-t-il estimé.

«On vient d’assister à la validation d’actes terroristes par un système construit sur la suprématie blanche», a renchéri Colin Kaepernick, l’ancienne vedette du football américain connu pour s’être agenouillé pendant l’hymne national par solidarité avec les Afro-Américains tués par la police.

À voir aussi...