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Aline: un film touchant sur notre diva nationale

Valérie Lemercier dans le rôle d’Aline et Sylvain Marcel dans celui de son impresario, Guy-Claude Kamar.
Photo courtoisie Valérie Lemercier dans le rôle d’Aline et Sylvain Marcel dans celui de son impresario, Guy-Claude Kamar.

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Le général de Gaulle a prononcé un jour une phrase, « Je vous ai compris », qui est entrée dans l’Histoire de France. Valérie Lemercier, à la suite du célèbre héros, pourrait affirmer à son tour : « Québécois, je vous ai compris ».

La réalisatrice scénariste du film Aline, qui est aussi l’interprète époustouflante d’Aline, ce double de notre Céline Dion à qui elle voue une affection, une admiration et une tendresse aux mille nuances a réussi un exploit digne du talent de Céline Dion elle-même.

Cette Française ne mérite rien de moins que l’Ordre national du Québec pour avoir raconté avec tant d’émotion et de justesse, à travers la vie de Céline, notre richesse nationale avec l’électricité, le Québec intime, naïf, tricoté serré mais conquérant et ouvert au monde. 

Amour passionné

On cherchera en vain à critiquer la démarche de Valérie Lemercier qui a réussi le tour de force de ne tomber dans aucun des pièges qui pavaient sa démarche artistique.

Pourtant, son amour passionné pour la chanteuse n’explique pas comment elle a pu se mettre dans la peau, le cœur, la tête de la seule Québécoise à avoir conquis la planète entière. Comment a-t-elle consenti à se mettre en retrait physiquement en copiant l’allure et le corps de Céline ?

Il faut s’attendre à des réactions négatives de la part de Québécois au sujet de l’accent dont use Valérie/Aline. Mais il serait mesquin et complexé de reprocher à l’actrice ce trait. 

Le seul Français qui parle avec l’accent québécois joualisant est Gad Elmaleh, l’humoriste qui a vécu au Québec jusqu’à l’âge de 17 ans.

Dès les premières images du film et les premières paroles chantées de Céline/Aline, une intense émotion nous envahit et ne nous quitte plus jusqu’à la fin du film dont on souhaite repousser le moment dans le noir de la salle de cinéma.

Valérie Lemercier partage avec son héroïne une même expérience familiale. Élevée à la campagne, dans une famille nombreuse, donc dans un milieu très modeste, elle n’est donc pas dépaysée par l’univers de Céline Dion.

On est loin de l’esprit parisien à l’humour cruel et au comportement hautain et snob qui ont pris Céline Dion pour cible de leur mépris. D’ailleurs, ce phénomène a longtemps existé au Québec dans ce petit monde intello artistique qui pratique le dédain des icônes populaires.

Pas complaisant

Ce film, il est heureux que ce soit une Française qui l’ait conçu et réalisé. Valérie Lemercier éprouve du respect et de l’affection pour Céline, ce qui n’en fait pas un film complaisant et à l’eau de rose, au contraire. L’authenticité et la complexité des personnages mis en scène, qu’il s’agisse de René Angélil et de madame Dion en particulier, sont exposées dans leur vérité crue.

Il fallait une Française comme Valérie Lemercier pour réussir ce tour de force de ne pas tenter de s’approprier Céline Dion. Au Québec, il y a autant de Céline que de Québécois.

Or Valérie Lemercier, artiste très aimée et respectée dans son pays, a conservé une distance critique face au double de Céline Dion. Par contre, cette femme talentueuse et audacieuse a saisi dans ses contours l’âme québécoise.

Nos relations avec la France ont été très distendues depuis plusieurs années. Ce film inclassable et magnifique donne envie de se rapprocher de nos chers Français.