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Devriez-vous investir dans l’or?

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Question du public pour le moins pertinente par les temps qui courent : est-ce une bonne idée d’investir dans l’or, et où en acheter ? Je dis « pertinente », car on prête à cette matière une capacité de protéger contre l’inflation.

On lui attribue de nombreuses autres qualités. Il constituerait l’ultime valeur en cas de grands bouleversements, des crises économiques majeures ou d’effondrement total. Ne vous méprenez pas, il n’y a pas que des survivalistes et autres angoissés chez les adeptes du métal jaune, on trouve aussi des investisseurs aguerris. Et quand on est partisan, on ne l’est généralement pas à moitié. C’est comme appartenir à une religion.

Investir dans les minières

François Riverin compte parmi les disciples. Journaliste spécialisé dans le secteur minier, cet ancien détient une petite quantité d’or, mais il mise surtout sur les actions d’entreprises aurifères. Il est coauteur d’un livre sur le sujet paru récemment, Investir dans l’or, le nouveau Klondike à la portée de tous

Klondike ? 

Pour espérer faire un coup d’argent, mieux vaut se tourner vers les actions des minières, convient-il. « Ce type d’investissement reste assez spéculatif, le succès repose en bonne partie sur la chance. »

Certes, la fluctuation du prix de l’or aura une incidence sur la valeur des actions des producteurs, mais généralement, les investisseurs s’excitent surtout à la découverte d’un nouveau gisement, ce qui fera exploser la valeur du titre. Et ça, comment le prédire ? 

« Tu comprendras qu’il faut y consacrer une petite partie de tes placements. Dans le pire des cas, tu perds un peu et ça paraît à peine dans tes rendements. Mais si tu gagnes, ça peut changer l’allure de ton portefeuille », explique le vieux routier, qui a déjà eu la main heureuse. 

Une affaire de spéculateurs ? Warren Buffett, loin d’en être, a acheté pour plus d’un demi-milliard de dollars US d’actions du producteur Barrick Gold au début de 2020. L’Oracle d’Omaha est reconnu pour ne pas aimer l’or, cet investissement servait surtout de couverture alors que la situation économique s’embrouillait. Un investissement de 500 M$ US, pour Berkshire Hathaway, la firme de Buffet, ça représente moins de 0,3 % des actifs. La moitié de cette position aurait été liquidée après la mise au point des premiers vaccins contre la COVID-19.

Le métal, lui ?

Mais on n’a pas encore répondu à la question du public. D’un point de vue « utilitaire », le métal jaune sert surtout à produire des bijoux et des composantes électroniques. Pour l’investisseur, il n’offre pas de revenu d’intérêt comme une obligation. Au contraire d’une action, il n’y a pas d’entreprise derrière dont on peut juger le modèle d’affaires, la qualité des innovations et la croissance future. 

Le 79e élément du tableau périodique occupe une place à part, à la fois ressources, monnaie, instrument de couverture et objet de spéculation. Sa valeur fluctue plus ou moins en fonction d’autres variables, elle tend à monter quand les taux d’intérêt touchent le plancher, l’inflation s’emballe et le dollar américain déprime. Quand la peur s’installe, c’est aussi favorable à l’or, car les investisseurs croient en sa qualité de valeur refuge, un attribut qui s’explique surtout par sa place dans l’histoire.

François Riverin compare le métal jaune à une police d’assurance, à une protection lorsque ça dérape. « Quand on achète de l’or, on doit être patient. Les cycles peuvent être assez longs », avertit-il. 

On ne doit pas être pressé, en effet. À l’exception de quelques soubresauts, le cours du métal n’a cessé de descendre de 1980 à 2000. Se sont produits alors l’éclatement de bulles des technologies, la récession, la baisse des taux d’intérêt et l’inflation. Cette cascade d’événements a sorti l’or de sa léthargie, ragaillardi de plus belle avec la crise financière de 2009. La décennie 2010 s’est avérée plutôt décevante pour les détendeurs du métal, mais la pandémie a su leur redonner le sourire. L’or a touché un sommet en 2020. En fin de compte, sur le long terme, après récessions et expansions économiques, l’or suit plus ou moins l’inflation.

Est-ce une bonne idée d’en acheter ? Ce n’est pas ma religion, mais si vous êtes tourmenté et patient, que vous avez déjà bien investi ailleurs, l’ancien collègue recommande 2-3 % pour l’investisseur moyen... C’est plus qu’il en faudra pour vous moquer des mécréants comme moi quand surviendra la fin du monde. 

Comment acheter de l’or ?   

  • On peut se procurer des pièces d’or d’une once (appelé « Feuille d’érable ») dans certaines succursales des grandes banques canadiennes ou chez un marchand autorisé par la Monnaie royale canadienne. Dans son livre, François Riverin en identifie quatre au Québec : Kitco à Montréal, L’Imaginaire à Québec, Monnaie Sherbrooke et Monnaie collection royale à Shawinigan.  
  • On peut aussi investir par l’intermédiaire de fonds négociés en bourses (FNB). Près d’une vingtaine sont spécialisés dans l’or, dont certains investissent directement dans le métal précieux. Parmi ceux-là, on trouve le Sprott Physical Gold Trust (Tor., PHYS) qui permet même de convertir ses parts en or.