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Enquête du coroner: un chapelet d'excuses

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Bonjour ! Vous venez d’être nommé à un poste important ? Qui vient avec de lourdes responsabilités ? Comme, par exemple, directeur de santé publique ou ministre de la Santé ? Félicitations !

Cela dit, avant de faire quoi que ce soit, avant même d’aiguiser votre premier crayon, un conseil : vous devez préparer un plan d’action si jamais la boue frappe le ventilateur.

Voici une liste d’excuses que vous pourrez utiliser si les choses tournent mal pour vous.

LA PATATE CHAUDE

Excuse numéro 1 : « Je ne le savais pas ».

Oui, c’est l’excuse la plus courante, la première qui nous vient à l’esprit lorsqu’on se retrouve sous les projecteurs et que l’on doit rendre des comptes. Mais, croyez-le ou non, c’est aussi la plus efficace ! Après tout, vous supervisez des centaines pour ne pas dire des milliers d’employés, comment pouvez-vous savoir ce qui se passe sur le terrain ?

Contrairement à ce que vous pensez, monsieur et madame Tout-le-Monde ne vous en tiendront pas rigueur si vous sortez cette excuse mille fois entendue. Ils ont juste deux enfants, et ils ne savent même pas ce qu’ils font !

Envoient-ils des photos d’eux en petite tenue, surfent-ils sur un site porno ? Ils n’ont aucune idée !

Alors, comment pourraient-ils vous juger ?

Excuse numéro 2 : « On ne m’a pas informé ! »

Quelle excellente excuse ! Ça laisse sous-entendre que vous auriez agi prestement SI VOUS AVIEZ ÉTÉ INFORMÉ. Malheureusement, on ne l’a pas fait !

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Donc, ce n’est pas vous qui êtes responsable, mais « on » ! C’est « on » qui doit s’expliquer !

Qui est « on » ? N’importe qui dans l’organisation. Préférablement, choisissez quelqu’un qui dirige un gros département (un CIUSSS, par exemple, une patente hyper compliquée que personne ne comprend), comme ça, cette personne pourra à son tour dire qu’elle ne savait pas ce qui se passait et qu’on (pas votre « on », mais un autre « on », situé ailleurs dans l’organigramme) ne l’a pas informée !

Et ainsi de suite...

L’important est de s’assurer que la patate chaude passe sans cesse d’une main à l’autre.

NAVIGUER À L’AVEUGLE

Excuse numéro 3 : « Je ne m’en souviens plus ».

Ça, c’est risqué. Mais il arrive que cette excuse fonctionne. À utiliser seulement si vous avez des rides et des cheveux gris, ça passe mieux !

Excuse numéro 4 : « J’ai pris les meilleures décisions possibles compte tenu des informations dont on disposait à l’époque... »

Ça, c’est génial ! Avec cette excuse, vous ne blâmez personne, aucun collègue, aucun subordonné (qui pourrait vous blâmer en retour), mais... vous blâmez le temps !

« Si j’avais su ce qu’on sait maintenant, c’est sûr que j’aurais pris une autre décision, voyons ! Mais mettez-vous dans mes souliers : on naviguait à l’aveugle, on construisait l’avion en plein vol, blablabla ! »

Bref, vous reconnaissez que vous avez effectivement commis une erreur... mais vous ne pouviez pas savoir que c’était une erreur, car à l’époque, vous n’aviez pas toutes les cartes en main pour prendre la décision qui s’imposait !

Vous avouez votre faute, mais personne ne peut vous blâmer !

Bref, c’est une excuse en or... Pas étonnant qu’on l’entende si souvent, depuis quelque temps !

Et entre vous et moi : qui se souvient parfaitement de la chronologie des événements, hein ?