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L'amigo et les deux quêteux

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Photo AFP

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Le Canada est encore en train de quêter un traitement équitable auprès des États-Unis. Le Mexique aussi. Les deux pays devraient y parvenir assez aisément étant donné l’intégration économique nord-américaine. Mais le prix à payer est élevé, surtout pour le Canada. 

Depuis le début des années 1980, le Canada a renoncé à toute politique économique ou culturelle qui le distancierait des États-Unis. Le résultat est que le Canada s’américanise plus rapidement que jamais. Même le Québec, qui pourtant est encore passablement différent des États-Unis, s’intègre de plus en plus aux États-Unis. Pourtant, les États-Unis arrivent à un moment très délicat de leur histoire. Un moment où le Canada et le Québec devraient s’éloigner d’eux.

1. Quel est le degré de dépendance du Canada face aux États-Unis ?

Les exportations génèrent 29 % de l’économie canadienne. Les exportations vers les États-Unis comptent pour environ 75 % des exportations de marchandises. Cela peut paraître beaucoup. Pourtant, à l’échelle mondiale, en termes d’intégration régionale, le Canada se situe dans la moyenne. Le problème provient des investissements américains au Canada qui représentent environ 50 % des investissements étrangers. Étant donné que l’économie américaine est dix fois plus grande que celle du Canada, la tendance à long terme défavorise la propriété canadienne. Mais au-delà de l’économie, le Canada dépend presque complètement des États-Unis pour sa défense. Et surtout, la dépendance culturelle du Canada et du Québec envers les États-Unis ne cesse d’augmenter.

2. Le Mexique est-il aussi dépendant des États-Unis que le Canada ?

Les exportations du Mexique comptent pour 34 % de son PIB et 80 % de ces exportations vont vers les États-Unis. Près de 50 % des investissements étrangers du Mexique sont américains. Son armée est beaucoup moins puissante que celle du Canada. Économiquement et militairement, le Mexique est donc plus dépendant des États-Unis que le Canada. Culturellement cependant, l’influence américaine est moins forte au Mexique qu’au Canada.

3. Où mène la dépendance envers les États-Unis ?

La pandémie de la COVID-19 a montré l’importance de posséder des chaînes de production régionales fortes et diversifiées. Cela devrait renforcer l’intégration économique à l’échelle nord-américaine et donc accentuer la dépendance du Canada et du Mexique envers les États-Unis. Davantage de dépendance économique mène à un affaiblissement des centres décisionnels du Canada. Davantage de dépendance militaire mène à la marginalisation mondiale du Canada. Davantage de dépendance culturelle mène à l’américanisation totale du pays.

4. Que peuvent faire le Québec et le Canada pour amoindrir cette dépendance ?

Il est très difficile de lutter contre l’accélération de la dépendance économique envers les États-Unis, d’autant plus que l’autre pôle de l’économie mondiale, la Chine, devient infréquentable pour les démocraties, étant donné son virage totalitaire. Cependant, la dépendance militaire peut être amoindrie avec plus d’investissements dans le militaire. La dépendance culturelle pourrait être ralentie avec une véritable mise en valeur de la culture française du Canada et du Québec.

Mais les politiques multiculturalistes d’inspiration américaine et la haine anti-québécoise de bien des Canadiens anglais rendent cette solution utopique pour le moment.

5. Justin Trudeau peut-il aider à amoindrir cette dépendance ?

La tâche serait immense pour un premier ministre fort, entouré d’une équipe forte. Ce n’est pas le cas du gouvernement Trudeau. Mais plus fondamentalement, la dépendance militaire et la dépendance culturelle du Canada envers les États-Unis ne sont pas perçues par Trudeau et son équipe comme des problèmes. Du reste, une grande partie de la population québécoise et canadienne pense comme eux.