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Wokisme: anatomie d’un immense malaise

Wokisme: anatomie d’un immense malaise
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J’ai beaucoup hésité avant d’écrire cette chronique, car il arrive qu’on nuise en voulant aider.

Vous comprendrez dans un instant où je veux en venir.

Censure de mots et d’idées, « race », laïcité, sexe, genre : les débats autour de ces questions ne nous quittent plus.

Certains mettent même en cause qu’il puisse exister une vérité objective.

Malaises

On campe souvent ces débats comme opposant la « gauche » à la « droite ».

C’est caricatural, car il y a plusieurs droites et plusieurs gauches.

C’est surtout perdre de vue que les débats les plus intéressants et les moins commentés dans nos médias sont ceux qui secouent la gauche elle-même.

En gros, ils opposent cette nouvelle gauche identitaire dite woke à une gauche plus classique, qui veut dépasser les clivages de peau et de sexe, et se réclame des idéaux des Lumières : universalisme, rationalisme, laïcité.

Dans un ouvrage collectif tout juste paru, dirigé par Rachad Antonius et Normand Baillargeon, des auteurs qui se réclament de cette gauche classique expliquent leurs malaises devant les positions défendues par cette gauche identitaire, retracent leurs origines, décortiquent leurs faiblesses.

Tous ont pris soin de s’expliquer dans une langue accessible et dépourvue de jargon prétentieux.

Une chronique ne peut rendre justice à la richesse de ce livre.

En gros, les auteurs regrettent que des pans entiers du monde académique soient désormais aux mains d’idéologues militants.

Ils regrettent ces batailles stériles et symboliques autour du langage qui n’ont aucun impact réel sur la société.

Ils regrettent le caractère dogmatique, parareligieux et non démontré empiriquement des divers discours wokes.

Ils regrettent que le « ressenti », l’émotion plaintive et les postures victimaires soient utilisés pour faire taire tout débat.

Ils regrettent que cette gauche identitaire méprise les « petits Blancs », les jetant littéralement dans les bras de la droite.

Ils regrettent l’intimidation effectuée par la frange radicalisée du lobby trans et l’absence de véritable débat sur les conséquences de la négation des réalités biologiques.

Ils associent à une sorte d’imposture le fait de considérer que le boulot militant est terminé quand on s’est indigné, qu’on s’est donné bonne conscience et qu’on a sermonné autrui.

Tirs

Le livre n’était pas encore en librairie qu’il essuyait déjà les tirs, non de la droite, mais de cette gauche identitaire, illustrant ainsi ce que les auteurs disent sur ceux qui embrassent toutes les diversités, mais conspuent ceux qui ne pensent pas comme eux.

J’hésitais à en parler parce que vanter un livre de gauche quand vous êtes étiqueté homme de « droite », c’est risquer de lui donner le baiser de la mort.

Remarquez qu’au Québec, pour être étiqueté de « droite », il suffit de se dire nationaliste, de ne pas croire à la théorie du racisme « systémique », et de bêtement constater que toutes les tentatives pour sortir du capitalisme se sont avérées des catastrophes.

Mais je me dis que les mérites de ce livre sont tels qu’il devrait survivre aux louanges d’un « méchant » comme moi. Lisez-le.