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Je cirais des souliers dans ma jeunesse

Menick
Photo Ben Pelosse Menick devant la résidence de sa jeunesse, sur la rue Marquette

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Il y a une personnalité que j’ai toujours tenue pour acquise et avec qui je communique chaque matin, vers 7 h 30, pour parler de tout et de rien et, surtout, des activités philanthropiques dans lesquelles on va s’impliquer. 

Tout au long de l’entrevue, il était très émotif en me rappelant continuellement qu’il n’est qu’un simple barbier. En fait, depuis 62 ans, c’est un barbier qui a coupé les cheveux des premiers ministres, des politiciens, des hommes d’affaires, des médecins, de gens de tous les secteurs de la société, des artistes, des athlètes, et qui a été l’hôte à son salon de la coupe Stanley, de joueurs du Canadien, des Devils, Martin Brodeur, et des Red Wings, Martin Lapointe. Il n’a jamais remporté la coupe Stanley, mais il est détenteur de la Coupe des barbiers. La parole est à Dominique Perazzino, mieux connu sous le sobriquet de Menick.


De quel endroit es-tu natif ?

Mon frère Paul et moi vivions dans la maison familiale sur la rue Marquette à Montréal, près de Beaubien. Mon père Dominique était tailleur chez Aquascutum, et à temps partiel à la cordonnerie et chauffeur chez Coop Taxi. 


Étais-tu proche de ta mère ?

Ma mère Arcangela, tout comme mon père, était sicilienne. Je peux la décrire comme une mère qui nous a donné beaucoup d’amour. 


Tu es un rassembleur.

Ma mère m’a fait comprendre ce rôle dans la vie. Régulièrement, elle cuisinait pour plusieurs de mes amis, dont Jacques Duquette, Richard Lecuyer et Jacques Belleval.


Tu n’as pris qu’une semaine de vacances dans ta vie.

Tout jeune, je travaillais les fins de semaine alors nous n’avions pas l’occasion ni le temps pour aller faire un voyage avec nos parents. La seule semaine de vacances que j’ai prise fut en croisière avec mon épouse. Mes clients savent très bien que, le lundi, je suis en vacances.


Déménager de résidence ne fait pas partie de tes coutumes.

J’ai habité chez mes parents sur la rue Marquette jusqu’au jour où je me suis marié. Cela fait maintenant 55 ans que je demeure dans la même résidence, à Laval. 


Tes parents t’ont enseigné une leçon de vie très importante.

Mon frère et moi ne manquions de rien à la maison. Cette leçon de vie, je l’applique pour mon épouse, Brigitte Saint-Gelais, ma fille Chantal et ma petite-fille Sarah.  


Tu as eu deux mentors dans ta vie. 

Mon père qui m’a toujours encouragé à devenir propriétaire de mon salon de barbier. C’est lui qui a trouvé le salon de barbier sur la rue Masson que j’occupe depuis maintenant 62 ans. 


Qui est le deuxième ?

L’ancien lutteur Johnny Rougeau qui m’a fait comprendre l’importance de m’impliquer dans la société, si je désirais avoir du succès en affaires.


Ton premier emploi.

À l’âge de 9 ans, l’été avec mon chariot et l’hiver avec mon traîneau, je me rendais à l’épicerie Steinberg. Je livrais les commandes à domicile pour la modique somme de 25 cents. 


Tu cirais des souliers ?

J’avais 13 ans, j’étais un « Shoe Shine Boy » à la cordonnerie Tony sur la rue Laurier. Les fins de semaine, dont les dimanches, après la messe, je cirais des souliers. D’ailleurs, depuis ma première communion, je n’ai jamais manqué la messe du dimanche. 


Tu jouais au hockey ?

Plus jeune, je n’étais pas un fringant du hockey, mais je jouais pour la paroisse, Saint-Ambroise. 


Ta première voiture. 

Mon Chevy 1955 usagé. Pendant un an, je suis devenu un adepte de la randonnée à moto, une Golden Flash 650.


Est-ce que les personnalités avaient un prix avantageux ?

Aucunement. Que ce soient mes amis qui m’ont beaucoup aidé, Michel Bergeron, les agents Pierre Lacroix et Gilles Lupien, Richard Morency, le photographe Toto Gingras, les joueurs du Canadien et même les premiers ministres, tout le monde payait le même montant.


Tu es un gars loyal.

Guy Lafleur et Mike Bossy étaient des clients chez moi. Je ne me suis jamais fait photographier avec Wayne Gretsky en respect pour mes bons amis Guy et Mike.  


Tu as vécu beaucoup d’émotions la journée de ton anniversaire de naissance. 

Cela fait plusieurs années que je coupe les cheveux de Guy Lafleur (une longue pause, car il ne peut plus retenir ses larmes). Le 11 novembre dernier, j’ai fêté mon 81e anniversaire de naissance.


Calme-toi un peu Dom ! 

(Impossible pour lui de retenir ses larmes.) Guy Lafleur a pris le temps de me téléphoner pour me souhaiter bonne fête, malgré les moments difficiles que Guy traverse. N’oubliez pas, je ne suis qu’un simple barbier et Guy Lafleur prend le temps de me téléphoner. (Nous avons dû prendre une longue pause avant de poursuivre notre discussion.)


Ta fille, Chantal, et ta petite-fille, Sarah.

Coudon, veux-tu me faire pleurer encore ? Chantal, c’est une fille qui a toujours su prendre sa place dans sa vie. C’est une personne qui est très reconnaissante envers sa mère et moi. Quant à Sarah, contrairement à moi, elle est une bonne athlète. Elle termine son cégep à Terrebonne. Je suis tellement fier d’elle, car les fins de semaine elle est intervenante dans un centre de jeunesse. Permets-moi de rajouter une personne très importante dans nos vies, Richard Taillon, le conjoint de ma fille Chantal. 


Tu regrettes de ne pas avoir exprimé ton amour plus souvent à ton épouse ?

Pour les gens de mon époque, ce n’est pas dans nos habitudes d’exprimer nos sentiments. Mon épouse, Brigitte Saint-Gelais, est une femme patiente et exceptionnelle. Elle a toujours été à mes côtés pour m’appuyer. Je pense que je vais l’étourdir avec mon commentaire suivant : « Brige, j’ai beaucoup d’amour et de reconnaissance pour toi, car, sans toi, je n’aurais jamais connu autant de succès dans la vie ».