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La démographie, le cauchemar japonais

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C’est une angoisse facile à définir : le Japon manque de monde. Cette semaine, le gouvernement a avancé comme solution de laisser certains travailleurs étrangers rester indéfiniment. Pas sûr que ça fera une grosse différence.

Le Japon vieillit rapidement. Le pays, en fait, établit différents records sur ce plan qui font souvent l’envie du reste du monde. C’est là qu’on retrouve le plus de centenaires et l’espérance de vie – à 81,3 ans chez les hommes et 85,7 ans chez les femmes – dépasse les meilleures performances ailleurs sur la planète.

L’envers de la médaille a plusieurs facettes. Il y a de plus en plus de vieux, mais aussi de moins en moins de jeunes. Comme ces derniers attendent plus longtemps avant de se mettre en couple et travaillent davantage, le taux de fécondité est en baisse : les Japonaises font tout simplement moins d’enfants.

MOINS DE JEUNES, MOINS DE REVENUS

L’État japonais suffoque. Les dépenses en soins de santé et en pensions aux retraités grimpent continuellement, alors que les revenus, au mieux, stagnent : moins de gens travaillent, moins d’impôts sont récoltés pour financer les programmes sociaux.

Une étude a déduit que l’âge de la retraite devrait être haussé à 77 ans pour que cette main-d’œuvre active maintienne les soins et revenus des retraités au niveau actuel.

Vue de près, l’impasse apparaît plus étanche encore. Avec une population vieillissante, les décès, d’année en année, surpassent les naissances. En d’autres mots, les Japonais sont de moins en moins nombreux. D’ici 20 ans, la population japonaise reculera d’un million de personnes par année.

DE MOINS EN MOINS DE JAPONAIS

La tendance est déjà bien engagée. L’an dernier, le Japon a perdu au-delà de 480 000 personnes, le recul le plus marqué depuis 2013. Plus décourageant encore, les moins de 14 ans ne correspondent plus qu’à 11 % de la population, le chiffre le plus bas jamais enregistré. Bref, ça augure mal pour la prochaine génération.

Pour différentes raisons culturelles, l’ouverture des portes aux immigrants n’a jamais fait partie des solutions sérieusement considérées. Les règles ont été assouplies il y a quelques années, permettant aux étrangers pouvant joindre des secteurs en manque criant d’effectifs – en manufactures, par exemple, ou dans l’entretien – de travailler au Japon pendant cinq ans, mais pas un jour de plus. Et pas question d’amener le reste de la famille.

Le dernier recensement montre toutefois que la réalité démographique ne s’améliore pas. Du coup, le gouvernement nippon envisage une mesure perçue comme radicale de l’autre côté du Pacifique : offrir un statut de résident permanent aux travailleurs de ces secteurs courus après 10 années de séjour au Japon.

L’opposition conservatrice craint la « bâtardisation » de la population japonaise et jure de combattre la mesure sur toutes les tribunes possibles. Ils sont mieux de faire vite ; au rythme où vont les choses, il n’y aura plus personne, un de ces jours, à les écouter. 

CINQ GRANDS DÉFIS DÉMOGRAPHIQUES D’ICI 2100  

JAPON 

  • Au rythme actuel, de 128 millions en 2017, la population japonaise tombera à moins de 53 millions de personnes à la fin du siècle.  

ITALIE 

  • Avec un Italien sur quatre âgé de plus de 65 ans, la population du pays risque de passer de 61 millions en 2017 à 28 millions en 2100.  

CHINE 

  • Même écartée, la « politique de l’enfant unique » aura pour effet, à long terme, de réduire à 732 millions la population chinoise après un sommet à 1,4 milliard d’habitants.  

BRÉSIL 

  • Avec un taux de fécondité qui s’est effondré à 1,7 enfant par femme comparativement à 6,3 en 1960, la population brésilienne pourrait glisser de 211 millions à 164 millions d’ici la fin du siècle.  

NIGERIA 

  • Le problème est inverse : la population nigériane va plus que tripler d’ici 2100, atteignant 791 millions d’habitants.  

(Source : The Lancet, Octobre 2020)