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La wokisation du Petit Robert

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Photo courtoisie

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Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un oeil québécois. 


Nous avons tous, à la maison, un dictionnaire, et de temps en temps, nous nous y référons lorsque nous doutons d’un mot. Il fait autorité. Telle est la grandeur du Petit Robert !

Ne disons-nous pas d’un homme au riche vocabulaire qu’il parle comme un dictionnaire ?

Mais que se passe-t-il si le dictionnaire, plutôt que de faire son travail, se soumet aux modes idéologiques ? Ne risque-t-il pas de voir sa légitimité ébranlée ?

Iel ?

C’est ce qui s’est passé, cette semaine, en France. Le Robert annonçait l’introduction de nouveaux mots. Parmi ceux-là, les nouveaux pronoms à la mode, promus par les militants trans les plus radicaux. Notamment : iel, ielle, iels, ielles. 

Ces termes un peu caricaturaux ont une fonction : lutter contre le supposé sexisme de la langue française, une thèse qui relève d’un néoféminisme aussi radical que paranoïaque. On crée ainsi des mots permettant de rendre compte des « personnes non binaires », prétendant n’appartenir ni au genre masculin ni au genre féminin. Ils témoigneraient de la complexité de l’identité sexuelle dans notre époque.

Ces mots appartiennent au registre de l’écriture inclusive. C’est elle qui pousse des militants à écrire des mots comme « étudiant.e.s. », « celleux » (à la place de celles et ceux), « lecteur.trices » et ainsi de suite. 

Que des gens qui prétendent aimer la langue française la massacrent ainsi sans gêne me laisse perplexe.

Étrange terme, d’ailleurs : faut-il considérer que la langue française fonctionnait jusqu’alors selon les codes d’une écriture exclusive ?

Jean-Michel Blanquer
Photo d'archives, AFP
Jean-Michel Blanquer

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a vigoureusement dénoncé cette soumission du Robert à l’écriture inclusive. Il aurait pu dénoncer avec raison la wokisation du dictionnaire qui vient ici légitimer cette dérive idéologique.

Insistons sur la chose : en France, le ministre de l’Éducation dénonce cette nouvelle manière d’écrire. Il y voit un danger pour la langue française et le dit. Il ajoute, avec raison, que cette écriture qui déforme la langue et la rend illisible causera de grands problèmes d’apprentissage aux enfants lorsqu’elle s’imposera progressivement dans les écoles.

D’autres font remarquer, avec raison, que ces nouveaux pronoms ne se trouvent que dans les textes les plus militants. Est-ce vraiment le rôle du dictionnaire de légitimer les combats idéologiques radicaux ? D’autant que ces nouveaux pronoms, quoi qu’on en dise, ne sont pas rentrés dans l’usage. 

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Blanquer

Car la France, à la différence du Québec, résiste à cette écriture délirante, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne progresse pas.

Chez nous, la peur d’avoir l’air de droite en pousse plusieurs à se coucher et à l’emprunter, même lorsqu’ils en disent grand mal en privé. 

Car tel est l’enjeu : quand l’écriture inclusive s’impose dans un milieu, ceux qui refusent de s’y soumettre se désignent eux-mêmes comme suspects idéologiques et vils réactionnaires devant les wokes. La pression sociale est forte pour l’adopter.

Cela nous rappelle que la langue est un champ de bataille. Et qui capitule devant cette colonisation idéologique du dictionnaire par une vision du monde complètement déconnectée de la réalité participe en fait à l’enlaidissement et à l’affaiblissement de notre langue. 

Se réconcilier avec les terroristes ?  

La gauche radicale est capable de toutes les outrances. Raquel Garrido, une avocate associée à cette mouvance idéologique, a plaidé récemment pour une réconciliation entre les victimes du terrorisme islamiste et les terroristes islamistes, tout en s’en prenant à ceux qui l’entraveraient. Se réconcilier avec les terroristes ? Vraiment ? Ne faut-il pas d’abord leur faire la guerre, en finir avec eux, et combattre l’idéologie qui les anime et contamine trop de jeunes Français issus de l’immigration ? 

La droite classique à la recherche de son candidat  

La droite classique, associée au parti Les Républicains, ne va pas très bien. Coincée entre Emmanuel Macron, qui a aspiré sa frange la plus libérale et Éric Zemmour qui capte à son avantage la question identitaire, elle se cherche. Elle cherche encore plus son candidat pour l’élection présidentielle de 2022. Le vote aura lieu le 4 décembre. Gros problème pour ce parti : il abrite des tendances si contradictoires qu’on se demande comment elles pourront cohabiter. 

La Pologne, frontière de l’Europe ?  

La Pologne est au cœur de l’actualité française. La raison : Alexandre Loukachenko, le dictateur biélorusse, a organisé l’arrivée dans son pays de milliers de migrants extra-européens pour les jeter ensuite vers l’Union européenne. Il riposte aux sanctions de l’UE qui conteste sa réélection frauduleuse. Son objectif ? Provoquer une crise migratoire. La Pologne parle d’invasion migratoire. Elle veut désormais construire un mur à sa frontière. La classe politique se divise. Pour ou contre le mur polonais ?