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Regard franc sur une carrière d’écrivain

Gilles Archambault
Photo courtoisie, Laurent Boursier

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À 88 ans, Gilles Archambault pose un regard franc, authentique et sincère sur sa carrière d’écrivain dans son nouveau recueil de récits, Il se fait tard. Avec une plume minutieuse, économe, mais très efficace, il évoque ses débuts, ses modèles, ses compagnons de route, et parle en filigrane de sa vie de père, d’amoureux, d’homme.

Ses textes sont bouleversants, teintés de nostalgie. « C’est un livre qui dépend, comme mes derniers livres, du fait que je ne suis plus jeune. J’ai 88 ans, vous savez. Ce que je pense de la vie ? C’est une chose merveilleuse, c’est bien évident. Mais comme elle doit se terminer, et que je ne crois pas à une vie autre que la vie terrestre, eh bien, il y a toujours une angoisse qui va avec le fait de vieillir », commente l’écrivain, en entrevue.

La culture pour parer l’angoisse

Cela dit, il essaie, dans ses livres et dans la vie en général, de ne pas être pessimiste. « Ça ne donne rien. À la fin d’une vie, je ne peux me plaindre de rien. Je reviens souvent à cette chose : né dans un milieu ouvrier, où il n’y avait pas de livres, je suis parvenu à la suite de décisions que j’ai prises, et aussi à cause des hasards de la vie, à découvrir ce qu’on appelle la culture. Et c’est ça qui m’a tenu éveillé, qui m’a servi tout au long de ma vie [...] de paravent contre une angoisse trop forte. »

« Il y a à peine quelques années, je disais encore que j’aimais beaucoup vivre et que j’aurais souhaité avoir trois vies — des trucs comme ça. Et j’étais sincère quand je disais ça. Mais ce n’est pas mon attitude actuelle. Je ne souhaite pas mourir, mais je ne souhaiterais pas continuer à vivre en souffrant. C’est le point où j’en suis actuellement. »

Il exprime sa gratitude envers la vie. « Ça aurait pu se dérouler beaucoup moins bien. Je dis merci. Et j’attends. »

Il écrit dans Il se fait tard avoir fait le tri dans ses CD, dans ses livres, dans ses photos. Et qu’il trouve difficile de les raccrocher à quelque chose qui aura un intérêt. Il donne un exemple. « Il fallait que je fasse ça. Il y a trois ou quatre ans, je regardais ma discothèque où il y avait 6000 CD. Je ne fais plus d’émissions sur le jazz : ça ne servait à rien, en réalité. Cette discothèque monstrueuse était plutôt le rappel de quelque chose qui n’existait plus. »

« Faire maison nette »

Depuis qu’il a écrit Il se fait tard, il a aussi détruit tout ce qu’il avait comme dossiers au sujet de ses livres. « Je conservais tout ça depuis 1963. Je me suis dit : ça ne sert à rien et ça va embêter mes enfants. J’avais le désir de faire maison nette. »

Gilles Archambault fait le bilan de sa longue et fructueuse carrière d’écrivain. 

« Je pense avoir été ce qu’on appelle un écrivain honnête, qui a tout fait pour donner ce qu’il pouvait donner de mieux. Mais il est clair que je ne suis pas un écrivain qui a un destin comme celui de Gaston Miron ou Michel Tremblay. Je suis un écrivain véritable, mais dans un domaine très particulier, intimiste, qui est le mien. » 

EXTRAIT

Gilles Archambault
Photo courtoisie

« À l’instant de ma mort, je souhaite être seul. Tant mieux si je suis dans un transat, face à la mer. On imagine que bon Aschenbach revoit sa vie en un instant, qu’il songe à la beauté qu’il a imparfaitement évoquée dans ses œuvres. Moi qui ne serais au mieux qu’un honnête artisan des mots, je souhaiterais au moment de mon entrée dans le néant revoir en un éclair des gestes de femme, les tiens, Lise, et entendre des voix d’enfants. Ce serait pour moi une mort presque convenable. Mais je serais seul. Ne pas me donner en spectacle. »