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Sédation consciente: les dentistes obligés de diriger les enfants vers les hôpitaux

Les dentistes ne peuvent pas offrir les soins nécessaires

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Photo courtoisie La dentiste pédiatrique, Karine Nadeau

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Les dentistes québécois dénoncent « l’acharnement » du gouvernement québécois contre un traitement simple pour réduire l’anxiété des jeunes patients, les obligeant plutôt à les référer aux hôpitaux.

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Dans sa lutte contre les frais accessoires, le gouvernement avait interdit aux dentistes en 2017 de faire payer 70 $ aux patients pour la sédation consciente. Cela consiste à inhaler du protoxyde d’azote, un gaz qui permet de calmer les patients anxieux ou avec des troubles de comportement. 

Sans ce traitement, ils doivent être soignés sous une anesthésie générale, à l’hôpital. 

Les dentistes sont catégoriques, la sédation n’est pas un frais accessoire, mais un traitement à part. Un arbitre s’était rangé de leur côté en 2018, mais le mois dernier, Québec a fait invalider cette décision. Ainsi, tous les patients qui reçoivent des soins couverts par la RAMQ ne peuvent pas recevoir la sédation pour les calmer, car les dentistes ne peuvent plus la facturer à nouveau. 

Chez tous les patients qui reçoivent des soins dentaires non couverts par la RAMQ, comme tous les enfants âgés de plus de 10 ans, la sédation peut être facturée. Mais lorsque les soins sont remboursés, la sédation est vue comme un frais accessoire. 

Patients qui en souffrent

« Ceux qui en souffrent malheureusement, ce sont les patients », lance la dentiste pédiatrique Karine Nadeau. Elle voit des enfants à sa clinique lorsqu’un dentiste précédent a échoué sans la sédation, souligne-t-elle. Cette dernière ajoute qu’en Ontario, le service de sédation consciente est reconnu comme un traitement à part.

Elle l’utilisait chaque jour pour les calmer. Cela lui permettait ensuite de procéder à une anesthésie locale, par exemple, pour entamer les soins nécessaires. La Dre Nadeau estime que le traitement permet aussi de faire de ses jeunes patients, des adultes beaucoup moins anxieux face aux soins dentaires. 

Émilie Pépin a vu la différence pour sa fille Bianka, âgée de six ans. Cette dernière avait fait une crise de panique de 45 minutes lorsqu’elle avait vu l’aiguille. Son dentiste l’avait donc référée pour une anesthésie générale à l’hôpital, mais l’attente était de huit mois, dit Mme Pépin. 

Elle trouvait aussi le processus risqué pour seulement quelques plombages. Une amie l’a référée à la Dre Nadeau et sa fille avait pu recevoir des soins grâce au gaz. Mais ceux-ci n’étaient pas terminés et la mère s’inquiète. 

« On retourne au point de départ et je ne sais plus quoi faire », dit-elle, ajoutant que de payer les 70 $ pour obtenir la sédation consciente était une « belle solution ». 

Incompréhension

Le président de l’Association des chirurgiens dentistes du Québec, Carl Tremblay, estime que la sédation en clinique dentaire est un avantage. « Tous les cas qu’on peut éviter d’envoyer à l’hôpital, de gonfler les listes d'attente et de permettre [aux patients] d’obtenir des soins plus rapidement », fait-il valoir.   

  • Lisez sa lettre ouverte ici   

« On ne comprend pas l’acharnement du gouvernement », poursuit-il. 

Le ministère de la Santé et des Services sociaux n’a pas été en mesure de répondre, lundi.  

Par courriel, le ministère de la Santé et des Services sociaux soutient que de voir la sédation consciente autrement que comme un frais accessoire va à l'encontre de la Loi sur l'assurance maladie. Cette dernière garantit des soins sans égard à la capacité de payer. Or, la sédation consciente est un frais engagé pour recevoir des services assurés, écrit-on.

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