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Le sort du projet lié aux GES: ce n'est «pas impossible» qu’Ottawa bloque le 3e lien

Le projet de tunnel entre Québec et Lévis ne doit pas freiner les cibles de réduction des émissions du Canada

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Illustration courtoisie La vue du tunnel Québec-Lévis comme présentée par la CAQ en mai dernier.

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N’en déplaise au gouvernement Legault, l’étude environnementale fédérale pourrait influencer le sort du projet de troisième lien entre Québec et sa Rive-Sud s’il nuit à la capacité du Canada à respecter ses engagements internationaux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

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Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, lors de la COP26 à Glasgow, le 12 novembre.
Photo d'archives, AFP
Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, lors de la COP26 à Glasgow, le 12 novembre.

Le ministre canadien de l’Environnement, Steven Guilbeault, a récemment annoncé que le fédéral souhaite mener sa propre évaluation environnementale sur le tunnel controversé Québec-Lévis. 

L’Agence d’évaluation d’impact du Canada attend évidemment l’avis de projet du troisième lien autoroutier de la CAQ pour déterminer si une étude fédérale doit bel et bien avoir lieu.  

Si c’est le cas, elle examinera notamment les effets des projets sur les oiseaux migrateurs, de même que sur les poissons, les espèces aquatiques et leur habitat, des champs de compétence fédérale.   

Mais son mandat ne s’arrête pas là. En vertu de la récente réforme du processus d’évaluations environnementales, l’Agence mesure aussi désormais les conséquences d’un projet sur le niveau d’émissions de GES du pays et l’atteinte des cibles canadiennes en matière de changements climatiques.   

«Dans le rapport d’évaluation d’impact, il est requis de démontrer dans quelle mesure les effets d’un projet désigné nuisent ou contribuent à la capacité du gouvernement du Canada à respecter ses obligations en matière de changement climatique», précise le porte-parole de l’Agence, Jean-Ridel Basigura.   

Un projet ne doit donc pas freiner les cibles de réduction des émissions de GES de l’Accord de Paris pour 2030 ni l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2050.  

Blocage possible

Avant son départ pour la COP26, le ministre québécois de l’Environnement, Benoit Charette, a prévenu qu’aucune étude ne pourra empêcher la construction du tunnel sous le fleuve, pas même celle pilotée par le fédéral.  

«C’est des dédoublements d’argent, des dédoublements de temps qui ne sont pas productifs dans les circonstances, et le fédéral ne pourrait pas, ultimement, empêcher la construction d’une infrastructure de cette nature-là», a-t-il dit. 

Pas si vite, réplique le professeur de droit de l’environnement à l’Université Laval, Geraud De Lassus Saint-Genies. 

«Moi j’ai tendance à penser que ce n’est pas impossible que le fédéral puisse bloquer ce projet-là, précise-t-il, en entrevue. Je ne suis pas certain, à ce stade-ci, qu’on puisse affirmer que le fédéral n’est pas compétent pour mener son évaluation environnementale et qu’il n’aurait pas non plus le pouvoir d’empêcher que le projet se réalise».   

Selon M. De Lassus Saint-Genies, le gouvernement du Québec, avant de crier victoire, devra attendre de savoir si le projet de tunnel ne nuit pas aux engagements internationaux pris par le Canada.

«La question des changements climatiques, elle devient importante, et je pense que ce serait un élément central dans cette évaluation-là; quel impact ça va avoir, pas seulement la construction du projet, mais aussi le nombre véhicules [...] [qui vont] circuler en plus, qu’est-ce que ça va amener comme émissions de GES», insiste le professeur.   

Des tonnes de béton

Patrick Bonin, de Greenpeace, rappelle que les objectifs de réduction de GES du Canada devront d’ailleurs être revus à la hausse d’ici quelques mois à la suite du tout nouveau Pacte de Glasgow.   

«Je ne vois pas comment ce projet du troisième lien pourrait cadrer avec les objectifs de l’Accord de paris, les objectifs du Canada pour 2030 [...] [et encore moins] avec un objectif encore plus ambitieux qui respecterait la science [où] toute augmentation des émissions de GES significative ne pourrait pas être autorisée.»

L’environnementaliste ajoute que l’Agence fédérale examinera également la pollution engendrée par la construction du lien sous-fluvial, c'est-à-dire avant même que les voitures, camions et autobus y circulent. Patrick Bonin souligne que la fabrication «de quantités astronomiques de béton» — lesquelles seront nécessaires pour la réalisation du «plus gros tunnel au monde», d’une longueur de neuf kilomètres — générera inévitablement beaucoup de GES.    

Des milliers de véhicules chaque jour      

ACHALANDAGE PRÉVU   

  • Les simulations obtenues jusqu’à maintenant par le bureau de projet du troisième lien permettent de croire à un achalandage quotidien de 50 000 à 55 000 véhicules.            

COÛTS  

  • La construction du tunnel devrait coûter entre 6 et 7 milliards $, somme à laquelle s’ajoute une réserve pour les imprévus et les coûts d’emprunt qui représente de 10 à 35% de la facture.          

ÉCHÉANCIER  

  • La mise en service du tunnel est prévue pour 2031, mais François Legault souhaite accélérer sa construction.       
  • Des travaux préparatoires débuteront du côté de Lévis, en 2022.            

GABARIT   

  • Le tunnel sera d’une longueur de 8,3 km.     
  • Son tube, qui fera 19,4 m de diamètre, comprendra deux niveaux, soit un dans chaque direction, avec trois voies pour chacun, dont une qui sera réservée au transport collectif.            

POINTS D’ACCÈS   

  • L’entrée du tunnel du côté de Lévis sera située dans le secteur de la route Monseigneur-Bourget, près du campus du Mouvement Desjardins.       
  • Le tunnel débouchera dans le secteur ExpoCité/Fleur-de-Lys.       
  • Deux stations souterraines donneront accès au tramway grâce à un ascenseur, sur la colline Parlementaire et au jardin Jean-Paul-L'Allier.         

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