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Rittenhouse: aux armes, citoyens?

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AFP

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La décision du jury dans le procès Rittenhouse est tombée en début d’après-midi, vendredi. Je mentirais si je vous disais que je suis étonné.

Si on connaît moindrement la culture américaine et les lois entourant l’accès aux armes à feu d’un certain nombre d’États américains, j’irais jusqu’à dire qu’on s’attendait à l’acquittement du jeune homme de l’Illinois.

Bien souvent, nous observons ce qui se passe au sud de la frontière à travers le prisme de notre culture et de nos propres lois. Difficile d’imaginer, au Québec, un jeune homme de 17 ans quittant son domicile avec une arme semi-automatique pour s’improviser responsable de la sécurité de bâtiments qui se trouvent dans une autre ville, un autre État.

Plus on avançait pendant le procès, plus il devenait clair que les balises, celles de la loi ou celles de l’interprétation dictée par le juge Schroeder, excluaient tous les éléments contextuels, à part la nécessité pour le jeune homme d’utiliser ou non son arme. Rittenhouse se trouvait à Kenosha pendant des manifestations et au moment où des émeutiers prenaient le relais. Le contexte était violent et les menaces, bien réelles. 

On peut pointer vers la question raciale en raison de la présence des manifestants dénonçant la brutalité policière ou ne pas comprendre cette culture des armes, mais le jury ne s’est concentré que sur la légitime défense. À ce chapitre, les avocats de la défense ont effectué un bien meilleur travail que le procureur Binger. Ce dernier sera probablement hanté pendant un bon moment par sa stratégie et sa piètre performance.

Comme je le mentionnais jeudi dernier, je m’inquiétais moins du processus judiciaire et du déroulement du procès que des retombées potentielles. Mes craintes étaient justifiées, si je m’en remets à quelques-unes des premières réactions des partisans des deux camps.

D’un côté, principalement au sein de la communauté noire, on crie à l’injustice. Le président lui-même est dans l’embarras, puisqu’il avait d’abord associé le jeune homme aux suprémacistes blancs pendant la campagne 2020. Vendredi, il a affirmé respecter la décision, en soulignant avoir confiance dans le jury.

À la colère de certains ou à l’embarras présidentiel, il faut également ajouter les réjouissances de nombreux Américains qui considèrent maintenant Kyle Rittenhouse comme un héros américain. Rien de moins. Vous imaginez le message qu’on envoie à ces miliciens improvisés qui n’hésitent jamais à se présenter, lourdement armés, sur des sites de manifestation? Pour eux, ce jugement est une victoire pour la cause, un symbole de la justesse de leurs actions.

Dans tout ce brouhaha, j’ai trouvé un certain réconfort dans les propos offerts par l'un des avocats de Kyle Rittenhouse lors de la mêlée de presse qui faisait suite à l’annonce du jugement. 

Mark Richards a été précis et mesuré dans ses réponses. Se disant heureux que la vérité s’impose, il a dit souhaiter que le jeune homme puisse refaire sa vie et garder un profil bas. Il a raconté n’être intervenu dans ce dossier qu’après qu'on s'est d’abord adressé à deux autres avocats. Ces derniers embrassaient une cause et voulaient exploiter Rittenhouse à des fins politiques. 

Il est heureux que la famille Rittenhouse n’ait pas emprunté cette avenue. Il y a déjà suffisamment d’exaltés qui considéreront ce jugement comme un appel aux armes. Mark Richards soulignait aussi que l’idée d’un jeune déambulant avec une arme semi-automatique ne lui plaisait guère, mais que son client n’avait enfreint aucune loi. Exactement ce à quoi sert un procès.

Indicateur des tensions actuelles et futures, l’avocat de la défense a déploré le nombre considérable de menaces de mort dont le procureur et lui ont été les cibles. Il semble que le système judiciaire ait pu résister à cette violence. Que nous soyons déçus ou heureux du résultat, je suis d’avis que justice a été rendue. Si j’avais été membre du jury, j’aurais pu me rallier à la majorité.

Que ce soit dans ce procès ou dans d’autres recours similaires, les racines du mal sont ailleurs. D’abord du côté des législateurs, qui refusent d’agir face à la prolifération des armes ou à leur utilisation trop souvent cavalière et imprudente. 

D’un autre côté, la minorité noire est encore et toujours surreprésentée dans le nombre d’arrestations brutales et derrière les barreaux. Elle est encore et toujours sous-représentée dans de trop nombreuses statistiques, parmi lesquelles l’accès aux soins de santé, l’accès à l’éducation supérieure ou encore l’accès à un revenu décent. 

Mais au-delà de l’issue du procès Rittenhouse et des réactions à son acquittement, je m’inquiète du fait qu’on agisse peu sur les causes qui mènent à ce genre de procès. Quand on ne prend pas l’histoire en considération, on se condamne à la répéter.