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Serge Thériault: le (pas) beau malaise

Gaz Bar Blues
Photo courtoisie Serge Thériault dans «Gaz bar blues»

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Je ne comprends pas quel est l’intérêt du film Dehors Serge dehors, sur la dépression de l’humoriste et comédien Serge Thériault, sorti en salles vendredi.

En voyant la bande annonce, j’avais éprouvé un grand malaise. Après avoir vu le film, j’éprouve encore un grand malaise.

Et après avoir fait une entrevue avec les deux réalisateurs à QUB radio, le malaise ne s’est toujours pas dissipé.  

  • Écoutez l'entrevue de Sophie Durocher avec les réalisateurs Pier-Luc Latulippe et Martin Fournier sur QUB radio:    

POURQUOI, SERGE, POURQUOI ?

On le sait, ça fait des années que Serge Thériault, le comédien génial de Ding et Dong, La Petite vie et Gaz Bar Blues s’est retiré de la vie publique.

Ce qu’on apprend dans le documentaire Dehors, Serge, dehors, c’est qu’il est incapable de sortir de chez lui, aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Le problème, c’est que tout le long du film, on se sent comme un voyeur, forçant l’intimité du comédien, qui est filmé ou enregistré à son insu quand il interagit avec sa compagne ou ses voisins.

Assise dans mon siège au cinéma, j’avais envie de crier : « Mais foutez-lui la paix ! »

J’avais constamment l’impression que les deux réalisateurs étaient plus préoccupés par le bien-être de leur film que par celui de Serge Thériault.

Tout le long du film, on suit la compagne de Serge Thériault, qui se désespère qu’il reste cloitré chez lui. De deux choses l’une : soit sa vie est en danger et il a besoin de soins, en quel cas il faut forcer une intervention, soit sa vie n’est pas en danger et ce n’est pas à deux réalisateurs de s’immiscer dans son intimité.

Dès le départ, même le titre du documentaire me dérange.

Tous les spécialistes nous le répètent : la pire chose à faire face à quelqu’un qui est en dépression c’est de lui dire : « Reprends-toi en main », comme si c’était aussi simple que ça. Avec ce titre « Dehors, Serge, dehors », c’est comme si les réalisateurs pensaient qu’il suffirait que Thériault se secoue un peu pour sortir de sa léthargie.

C’est un psychiatre qui peut l’aider. Pas une caméra qui le traque et épie ses moindres mouvements.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

On ne soigne pas un dépressif en lui lançant : « Sors donc de chez toi ! »

J’ai trouvé particulièrement dérangeant que les réalisateurs mettent un micro sous les vêtements du voisin qui s’en va porter un paquet à Serge Thériault. On n’est pas dans J.E. où il faut traquer un dangereux criminel, bordel !

De la même façon, j’ai trouvé malaisant que l’on enregistre le son du plancher qui craque quand Thériault se déplace chez lui, en enregistrant dans l’appartement du voisin d’en dessous. Un gars n’a même pas le droit de faire ce qu’il veut, en paix, dans le confort de son appartement ?

DEHORS NOVEMBRE

Le parolier, scripteur, humoriste Pierre Huet a bien connu Serge Thériault. Il n’ira pas voir ce qu’il appelle ce « non-documentaire ».

Voici ce qu’il a écrit sur Facebook : « En partant, Dehors Serge dehors est le pire titre au monde. J’ai supposé que c’était un clin d’œil à la dernière phrase de la chanson de Ding et Dong à l’époque des Lundis des HaHa, quand ils encourageaient leur public à partir. Si j’ai raison, les réalisateurs ont tort : c’est très mauvais ».

Bien d’accord.