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«Pénurie», le mot de l'année

papier toilette au IGA
Photo d’Archives, Jean-François Racine Lorsque la COVID-19 fut désignée pandémie, en mars 2020, plusieurs citoyens se sont précipités dans les supermarchés pour faire des réserves de papier de toilette, entre autres.

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En décembre, on dresse souvent ici et là un palmarès des mots les plus couramment utilisés dans l’année, qui la résument le mieux.

En 2021, « pénurie » peut assurément aspirer au podium.

Quand j’ai lancé l’idée sur Twitter dimanche en la signalant au professeur de littérature Benoît Melançon, expert des mots, il a eu ce trait d’humour : « Imagine le titre : “2021, un excès de pénurie” ».

Il y a en effet abondance de pénuries actuellement ! De « main-d’œuvre », évidemment ; plus précisément « d’infirmières », d’« éducatrices en garderie ».

Mais en plus, on redouterait de plus en plus une « pénurie de chalets » pour les fêtes. Cela pourrait se doubler d’une très probable « pénurie d’arbres de Noël ».

On ne pourra même pas noyer notre désolation de rester à la maison sans sapin, car avec la grève dans les entrepôts de la SAQ, on nous annonce de possibles « pénuries d’alcool » !

Rareté

Pénurie : le mot colle. Il est utilisé à toutes les sauces.

Sans doute parce que nous sommes traumatisés par cette nouveauté. Jadis, il y avait surabondance de travailleurs, lesquels engraissaient les chiffres de chômage.

Quant aux pénuries matérielles, nous y sommes totalement inadaptés.

Lorsque la COVID-19 fut désignée pandémie en mars 2020, plusieurs citoyens, anticipant le pire, se sont précipités dans les supermarchés pour faire des réserves de papier de toilette, entre autres. Ce qui créa des pénuries !

Croissance

Nous avons été habitués – pour la plupart d’entre nous – à ne jamais manquer de rien. Avons grandi dans la croyance que cela ne s’arrêtera jamais. Puisqu’il y aurait croissance, sans fin.

Mais notre avenir post-COVID sera-t-il marqué par des pénuries en cascades ? Voire par une décroissance ?

Certains accusent les écolos en général et Québec solidaire en particulier de vouloir préparer secrètement celle-ci.

Notamment par les cibles de réduction d’émission de GES exigeantes : « Au moins 55 % par rapport au niveau de 1990 d’ici 2030, en se rapprochant le plus possible de la cible de 65 %. »

La notion de décroissance a toujours tourmenté QS. En avril 2011, Amir Khadir avait tranché : « Il faut qu’on cesse la croissance sans fin et sans limites, c’est juste pas possible sur le plan biophysique. [...] Il faut redéfinir la prospérité, redéfinir la qualité de vie [qui] n’est pas la quantité de croissance ». À ses dires, la décroissance n’impliquait aucune « baisse du niveau de vie ».

PIB

Dix ans plus tard, aucun parti n’ose être aussi frontal dans sa formulation des choses. La « décroissance » est un mot honni.

Tout de même, cherchant à se positionner comme visionnaire, la cheffe libérale, Dominique Anglade, en mai 2021, osait écrire que dans le « monde d’après » la pandémie, on adoptera « de nouveaux indicateurs de progrès pour pallier les angles morts du PIB ».

Tentant de faire du judo avec la question du mot en « D », hier, Ruba Ghazal a soutenu que ce sont les décisions actuelles de gouvernement comme celui de la CAQ qui vont « nous mener vers la décroissance ». L’inaction climatique va nous coûter plus cher.

Évoquant les inondations monstres, elle ajouta : « Regardez ce qui se passe en Colombie-Britannique, c’est ça qui va arriver ».

Rien pour aider à la seule pénurie souhaitable, celle de l’anxiété.