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Innocenté après 43 ans de prison, un Afro-Américain peine à s'adapter à sa liberté retrouvée

Innocenté après 43 ans de prison, un Afro-Américain peine à s'adapter à sa liberté retrouvée
Capture d'écran Youtube

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WASHINGTON | « Je n'y crois toujours pas »: Kevin Strickland, un Afro-Américain disculpé après avoir passé 43 ans en prison, a avoué mercredi avoir du mal à s'adapter à sa liberté retrouvée à l'âge de 62 ans. 

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« J'ai vécu confiné dans une petite cellule où je savais exactement ce qu'il se passait, et le fait d'être dans une maison, d'entendre les craquements, j'avais un peu peur », a-t-il raconté sur CNN, expliquant n'avoir pas réussi à dormir pour sa première nuit sans barreaux à sa fenêtre.

Il avait été condamné à la réclusion à perpétuité en 1979 par un jury entièrement blanc dans le Missouri, pour un triple meurtre qu'il a toujours nié avoir commis.

Selon le juge qui l'a officiellement innocenté mardi, aucun indice matériel ne le liait au crime et il a été condamné uniquement sur la base du témoignage d'une rescapée qui s'est ensuite rétractée. De plus, deux des quatre auteurs du raid meurtrier l'avaient formellement mis hors de cause.

« C'est incroyable que j'y sois enfin arrivé », a balbutié celui qui tentait d'obtenir la reconnaissance de son innocence et sa remise en liberté depuis des décennies.

Après une nuit « difficile », il a confié: « Je me demandais: +Est-ce que tout ça est vrai? Est-ce qu'ils m'attendent dehors pour me remettre en prison?+ », a-t-il expliqué dans la matinée, assurant ne pas ressentir de « colère ».

Dès sa sortie de prison, il s'est rendu sur la tombe de sa mère, décédée fin août sans qu'il puisse assister aux obsèques.

« J'ai pleuré, comme lorsqu'on m'avait déclaré coupable d'un crime que je n'avais pas commis », a expliqué Kevin Strickland, ajoutant avoir parlé à sa maman: « Je pense qu'elle m'a entendu », a-t-il dit, la voix remplie d'émotion.

Cagnotte

Il veut désormais voir la mer, pour la première fois de sa vie.

« Ce sera une grande victoire », a-t-il affirmé.

« Quand j'étais jeune, j'étais un bon nageur, j'ai toujours aimé l'eau, on se sent fort dans l'eau », a-t-il expliqué.

« A 62 ans, je suis persuadé de pouvoir surfer », a-t-il lancé, même s'il se déplace en chaise roulante depuis quelques années à cause de problèmes de santé.

Il est l'un de ceux qui, parmi la longue liste d'Américains victimes d'erreurs judiciaires, ont passé le plus de temps derrière les barreaux.

Lundi, quatre Afro-Américains ont été officiellement innocentés à titre posthume, 70 ans après avoir été condamnés pour le viol d'une jeune fille blanche en Floride.

La semaine dernière, deux autres Afro-Américains condamnés en 1965 pour le meurtre de Malcolm X, icône de la cause des personnes noires, ont aussi été déclarées innocents par un tribunal de New York.

La liberté a toutefois un goût amer pour Kevin Strickland, qui ne peut prétendre à des compensations de l'État du Missouri pour ses années de détention.

Son avocate Tricia Rojo Bushnell, membre de l'organisation Midwest Innocence Project qui a porté le dossier d'exonération, a mis en place une campagne de financement participatif sur internet pour l'aider à s'installer dans sa nouvelle vie.

« Sans argent ni logement, ni mode de locomotion, ni soins de santé ou assurance, et avec un casier judiciaire qui est rarement annulé malgré la déclaration d'innocence, la punition perdure longtemps après que l'innocence a été prouvée », explique l'avocate sur la page GoFundMe dédiée à Kevin Strickland.

Mercredi, la cagnotte avait atteint plus de 330 000 dollars.