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Votre choix de couper les ailes à une initiative souhaitée par les régions

Votre choix de couper les ailes à une initiative souhaitée par les régions
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Monsieur le Premier Ministre,

Je viens de terminer un second mandat à la mairie de Sept-Îles pour lequel je me serai investi sans réserve et en ayant mis une emphase particulière sur le développement régional, un dossier pour lequel je pourrais vous entretenir des heures durant. Il est on ne peut plus clair à mon esprit et dans celui de nombreux maires et mairesses, que la démocratisation du transport en région est l’un des axes fondamentaux de notre développement et vous n’êtes pas sans savoir que j’y ai milité constamment ces huit dernières années.

Si les questions du prolongement de la route 138 jusqu’à Blanc-Sablon et du pont sur le Saguenay sont plutôt simples à comprendre et à justifier, celui du transport aérien est sans contredit plus complexe et mérite une meilleure analyse, mais il n’en est pas moins important. Si les deux premiers nécessitent des investissements substantiels et que les retombées s’échelonneront sur de nombreuses années, une approche innovante permet d’entrevoir celui de l’aviation dans une perspective financière structurante à court terme et très profitable pour l’ensemble du Québec. 

Quelques faits -Si le Québec qui représente 23 % de la population canadienne, est responsable de 23 % des vols à l’international, ce pourcentage chute à 10,1 % lorsqu’il est question de vols intérieurs, ce qui représente des pertes fiscales uniquement, d’environ 800 millions $ annuellement. (Étude de l’iRÉC produite récemment et dont vous devriez avoir reçu copie) -Au Québec, il n’y a même pas 1 % des vols qui sont associés au développement touristique, la très grande majorité des sièges étant occupés par des utilisateurs pour qui le billet est payé ou remboursé. On parle ici des gens d’affaires et des employés de l’État. Les autres clientèles sont complètement oubliées. (Services médicaux, voyages d’agrément, etc.). 

-Dans les provinces et endroits dans le monde qui nous ressemblent, la situation est complètement différente et la raison est fort simple, il existe une concurrence digne de ce nom. Ailleurs au Canada, il y a des WestJet et des Porter pour concurrencer Air Canada, qui ici, est en situation de monopole depuis trois décennies, mais je ne vous apprends rien. Consciente de ce besoin criant, l’UMQ a fait des représentations pour attirer ces autres joueurs canadiens, mais sans succès. 

Le monopole d’Air Canada

Donc, au Québec, depuis la disparition de Québecair, le monopole d’Air Canada nous a coûté collectivement une fortune, tant sur l’aspect financier qu’en matière de développement de nos régions et nous a gardés captifs d’un marché fondé sur le monopole d’un mauvais citoyen corporatif. La réponse de Québec à cette situation a été la mise en place d’un programme pour subventionner l’achat de billets d’avion à moindre coût, donc, d’encourager les transporteurs à maintenir une politique de prix très élevés et un service pratiquement réservé aux gens d’affaires et aux employés de l’État. Aujourd’hui, vous et moi savons que le ministère des Transports planche sur une nouvelle stratégie visant à améliorer la situation du transport aérien au Québec. Vous n’êtes pas sans savoir non plus que plusieurs régions du Québec, particulièrement mal desservies par ce système où nous sommes tous les dindons de la farce, souhaitent l’arrivée d’un nouveau joueur québécois, sous forme de coop, TREQ, pour changer le portrait de l’aviation au Québec et tenter d’instaurer ce qui nous fait tant défaut, une concurrence digne de ce nom. 

Vos solutions?

Je vous pose la question, monsieur le premier ministre : quelle sera votre réponse au problème profond de l’aviation au Québec? Augmenter les subventions pour continuer d’encourager un système qui nous dessert et ne profite qu’aux transporteurs existants. (Je nous imagine encore une fois subventionner Air Canada pour maintenir et ajouter des vols sur des liaisons qui devraient normalement être rentables sans subvention, comme un peu partout dans le monde dans des conditions comparables). 

Ou, travailler à la mise en place de conditions gagnantes pour favoriser la saine concurrence, dont l’instauration d’une politique de prix plancher, pour empêcher Air Canada de tuer la concurrence avec des tactiques déloyales qui consistent à voler sous le seuil de la rentabilité alors que cette entreprise reçoit outrageusement l’aide du gouvernement. Cette politique de prix plancher existe quelque part sur les tablettes du MEI. 

Ou, encore, encourager l’ensemble des joueurs québécois qui sont prêts à participer aux efforts de relance de cette industrie de l’aviation qui est bien mal en point, y compris... le modèle coop, souhaité par les régions du Québec, dois-je vous le rappeler. 

Pour moi, vos prochaines décisions dans ce dossier en diront long sur cette réelle volonté d’entendre les régions et vous ouvrir à l’innovation ou nous maintenir dans notre captivité. 

J’aurais de loin préféré en discuter avec vous, mais vous nous avez plutôt, moi et mes ex-collègues maires et mairesses, redirigés à votre ministre de l’Économie et de l’Innovation, une rencontre qui ne passera pas à l’histoire. 

N’est-ce pas vous monsieur le premier ministre qui demandez aux Québécois de rêver grand pour le Québec? TREQ, c’est 15 000 membres à ce jour, sans aucun avion dans le ciel, c’est un financement pratiquement attaché où les investisseurs privés et le Fédéral sont au rendez-vous. J’invite d’ailleurs les Québécois qui ne l’ont pas fait, à devenir membre à TREQ.ca. 

Ha, oui! Vous ne voulez pas d’un deuxième Québecair! J’aimerais vous rappeler que Québecair, ce n’est pas que le flop des deux dernières années, mais plutôt 40 ans de bons services durant lesquels la concurrence forçait les transporteurs à utiliser de plus gros appareils pour rejoindre toutes les clientèles en diminuant les coûts. 40 ans de grande fierté pour nombre de Québécois. Avec le recul des 30 dernières années et la récente étude de l’IRÉC qui démontre l’inefficacité de ce système, mais surtout le coût énorme pour le Québec de le perpétuer, si la solution passe par une augmentation des subventions plutôt que de mettre en place les conditions pour favoriser la saine concurrence, je pense sincèrement que nous manquons l’avion! Et si vous rêviez avec nous monsieur, le premier ministre! 

Réjean Porlier, Maire sortant de Sept-Îles qui continue d’espérer une approche innovante et structurante en aviation dans l’intérêt de nos régions et du Québec

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