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La débandade démocrate et le spectre de Trump 2.0

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Photo AFP Le président américain Joe Biden lors d’un discours à Washington, mardi.

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En ce jour de Thanksgiving aux États-Unis, les démocrates n’ont pas grand raison de remercier la Providence. Si tout n’est pas perdu, le temps presse.

Tout n’est pas rose pour Joe Biden et son parti. Le taux de satisfaction à l’endroit du président languit entre 42 % et 45 % depuis septembre et les chances de conserver le contrôle du Congrès l’an prochain s’étiolent. Pour ajouter l’injure à l’insulte, certains sondages indiquent que Donald Trump l’emporterait sur Biden si l’élection avait lieu aujourd’hui.

Bref, ça va mal pour les démocrates et si une partie de leurs déboires échappe à leur contrôle, la chute est aussi largement attribuable à leurs propres erreurs et un coup de barre est nécessaire de leur part pour éviter aux États-Unis et au monde entier un retour au spectre de Trump.

Mauvais sort et mauvaise foi

La malchance qui s’acharne sur les démocrates n’est pas entièrement étonnante. Il est normal, par exemple, que la popularité du président s’estompe un peu après quelques mois au pouvoir, mais la chute du taux d’approbation de Biden est la deuxième pire depuis l’invention des sondages, après celle de Trump.

Il est aussi normal de s’attendre à des pertes pour le parti présidentiel aux élections législatives de mi-mandat, mais on se serait attendu à ce que les membres républicains du Congrès paient, ne serait-ce qu’un tout petit prix, pour le spectacle désolant qu’ils offrent depuis quelques mois.

Il est aussi un brin ironique que les républicains cherchent aujourd’hui à se faire du capital politique avec les plus récentes vagues de la COVID-19, alors que ce sont eux qui font obstacle aux mesures les plus efficaces pour enrayer le virus.

Les démocrates auraient toutefois tort de ne blâmer leurs déboires que sur le mauvais sort ou la mauvaise foi de leurs adversaires.

Erreurs de parcours

L’Histoire jugera si la gestion du retrait d’Afghanistan justifiait les claques lancées en direction de Biden, mais il faut admettre qu’il a mal vendu son action. C’est aussi vrai pour les autres bons coups de son administration, que les propagandistes démocrates ont assez mal réussi à faire percevoir à la population.

L’emploi est revenu en lion depuis janvier, mais l’administration Biden aurait pu et aurait dû mieux anticiper que la forte pression de la demande pour les biens allait entraîner l’inflation qu’on vit aujourd’hui.

Il est encore plus certain que les démocrates souffrent des divisions internes qu’ils exhibent au grand jour depuis le début du débat sur leur projet de loi gargantuesque de réformes sociales.

Au lieu de mettre l’accent sur tous les éléments de ce projet qui sont largement appuyés par l’opinion, la seule chose que l’électorat a retenue de ce processus est la chicane entre factions du parti.

Quelques espoirs

Il subsiste malgré tout quelques bribes de lumière au bout du tunnel dans lequel les démocrates semblent s’être empêtrés.

D’abord, les ratés de la reprise économique devraient se corriger lorsque l’offre de services de proximité reviendra. Il est probable que le deuxième grand projet de loi de Biden soit adopté et les démocrates auront alors plusieurs mois pour vendre leurs réalisations populaires en matière d’infrastructures physiques et de politiques sociales – en supposant qu’ils se débarrassent de l’étiquette farfelue de radicaux de gauche que leurs opposants insistent pour leur accoler.

Il ne faut pas non plus oublier que si la multitude d’enquêtes sur les crimes sérieux qu’on reproche à Donald Trump et à plusieurs membres de son entourage (notamment dans l’affaire de l’attaque violente contre le Capitole) finissent par sortir de leur exaspérante torpeur, la donne électorale pourrait être significativement différente à l’automne 2022.

En attendant, les démocrates devront se contenter de remercier la Providence que les choses ne soient pas pires pour eux.