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Un décès qui ne passe pas du tout

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Aussi loin que je remonte, j’entends ma mère dire que j’allais être son bâton de vieillesse. Troisième d’une famille de cinq, j’étais prédestinée à devenir son accompagnatrice, vu mon tempérament qu’on appelait autrefois celui « d’une vieille fille ».

Mes frères ont quitté la maison familiale pour fonder leur famille, alors que moi je ne l’ai quittée que pour une quinzaine d’années, avant de retourner y vivre quand notre père est décédé. Ma mère avait alors 70 ans et moi 45. À partir de là, c’est comme si elle s’était remise entre mes mains. Jusqu’à l’âge de 60 ans, j’ai travaillé à l’extérieur tout en m’occupant d’elle le soir et les fins de semaine. Mais comme elle atteignait alors les 85 ans, que sa santé déclinait et que je sentais sa mémoire l’abandonner, j’ai pris ma retraite pour m’occuper d’elle à temps plein.

Pendant 10 ans, elle fut le centre de ma vie. Ce ne fut pas toujours facile, car elle avait du caractère, mais on s’adonnait bien ensemble. Mes frères me suppliaient de la placer vu qu’ils me voyaient dépérir à mesure que le temps passait, mais je ne me voyais pas l’abandonner, alors qu’elle avait toujours souhaité que ce soit moi qui prenne soin d’elle.

Le malheur a voulu qu’en septembre 2019 je souffre de sérieux ennuis cardiaques et que le médecin me conseille fortement de placer ma mère. Après discussion avec mes frères, qui tous souhaitaient cela depuis longtemps, j’ai décidé d’obtempérer. Cette femme qui ne me reconnaissait plus, pas plus qu’elle ne reconnaissait aucun de ses autres enfants, a quand même plus ou moins bien vécu ce changement. Son attitude négative envers moi me le signifiait ouvertement chaque fois que je la visitais. Puis bang ! La COVID a débarqué dans nos vies ! 

Comme bien d’autres, j’ai été privée de voir ma mère, jusqu’à ce qu’elle décède de la maudite maladie en mars 2020, sans que je puisse la revoir. Depuis, je ne cesse de ruminer ce mauvais coup du sort. Mes frères ont beau me dire que j’ai posé le bon geste en la plaçant, je ne me le pardonne pas. Elle serait restée avec moi que rien de ça ne serait arrivé. Ma mère serait encore en vie et je ne serais pas rongée par les remords. 

Le pire, c’est que mes frères ne veulent plus m’entendre radoter sur cette affaire, comme si le fait de leur parler encore de ça un an et demi plus tard venait déranger leur vie. Pourquoi Dieu m’a punie comme ça, alors que j’avais toujours fait mon possible ? 

Fille à jamais endeuillée

Je sais qu’on propose des démarches en suivi de deuil dans presque tous les lieux de culte ainsi qu’à la Maison Monbourquette (514 523-3596) et je vous conseille fortement de procéder à un exercice semblable au plus vite. Personne ne vous a punie de quoi que ce soit, c’est vous-même qui vous punissez pour une faute imaginaire.

Un fâcheux concours de circonstances a fait coïncider une série d’événements malheureux qui ont débouché sur le décès de votre mère, point à la ligne. Ne perdez plus votre précieux temps à ruminer du fiel, alors que vous pourriez commencer à profiter un peu de la vie qui vous reste. Vous n’avez pas le droit de vous punir ainsi, alors que vous avez tant donné à votre mère.