/opinion/blogs/columnists
Navigation

Des nouvelles d’Haïti

Des nouvelles d’Haïti
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Alors que les États-Unis, avec Joe Biden en tête, et le Parlement européen continuent à dénoncer «l’absence de démocratie» à Cuba où pourtant règnent la paix et la sécurité au milieu de difficultés de toutes sortes dues principalement au blocus économique et commercial imposé par l’empire étatsunien depuis plus de soixante ans, voici ce qui passe tout à côté de Cuba, en Haïti, à quelques kilomètres des côtes orientales cubaines. Ce qui suit n’est pas tiré d’un mauvais film d’horreur mais représente bien la réalité du pays le plus pauvre de ce continent, vivant sous un régime non pas socialiste mais terriblement capitaliste.

Haïti vit actuellement sous un semblant de gouvernement qui ne contrôle, en fait, rien du tout. Ce sont les bandes armées qui font la loi et imposent leur ordre. Elles contrôlent, entre autres, le trafic routier et bloquent les accès aux centres de ravitaillement pétrolier, paralysant comme bon leur semble les activités commerciales du pays, de même que le bon fonctionnement des hôpitaux. Mais surtout, elles bloquent les réseaux de communication téléphonique cellulaire. Quelque 430 antennes sur les 1500 que compte le pays sont ainsi hors service car ces antennes sont alimentées en électricité par des génératrices thermiques qui ne peuvent fonctionner faute de pétrole. Ces bandes fortement armées exigent des sommes considérables aux camions-citernes qui veulent se ravitailler, malgré les menaces d’intervention de ce semblant de gouvernement. 

Le premier ministre Ariel Henry et le président de l’Assemblée nationale Joseph Lambert ne s’entendent pas sur les mesures à prendre pour sortir de la crise pétrolière. Lambert réclame la démission de Henry, le jugeant incompétent. Le G-9, une organisation criminelle dirigée par Jimmy « Barbacoa » Cherizier, qui contrôle 40% du territoire de la capitale Port-au-Prince et ses environs, exige elle aussi sa démission. Cette bande armée a récemment empêché le premier ministre de déposer une gerbe de fleurs au pied du monument où fut abattu Jean-Jacques Dessalines, le leader de la Révolution haïtienne. Actionnant leurs fusils automatiques et tirant des balles en l’air, les hommes de Cherizier ont obligé le premier ministre et sa délégation à battre en retraite. Et c’est un Cherizier tout de blanc vêtu qui est allé déposer une gerbe de fleurs au pied dudit monument.

Une autre bande criminelle, les « 400 Mawozo », est très active dans le lucratif commerce de l’enlèvement. Celle-ci est responsable de l’enlèvement de dix-sept missionnaires étatsuniens et canadiens ainsi que des membres de leurs familles, pour lesquels la bande criminelle réclame une rançon de 17 millions de dollars. Depuis le début de l’année, pas moins de 800 personnes ont été enlevées. On soupçonne même le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Litz Quitel, d’être impliqué dans certains de ces enlèvements.

Quant à l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, le mystère plane toujours malgré la présence d’enquêteurs d’Interpol et du FBI. Moïse n’aura jamais à répondre de ses crimes et sa mort arrange bien des choses, surtout que dans la perpétration de ce magnicide, plusieurs complicités ont été nécessaires, comme si on avait affaire à un pacte de sang entre mercenaires colombiens, étatsuniens, vénézuéliens, équatoriens, dominicains et haïtiens, entre autres. Et puis, un tel commando n’agit pas sans la bénédiction des services secrets étrangers.

Maintenant on se dit : si de telles choses se produisaient à Cuba, qu’est-ce qui se passerait, croyez-vous ? Aussitôt, les correspondants étrangers dénonceraient le gouvernement socialiste et remettraient en question aussi bien sa gestion de la crise que sa légitimité, tandis que l’opposition basée à Miami réclamerait à grands cris une intervention militaire pour rétablir la loi, l’ordre et les communications. Mais comme il s’agit d’Haïti, silence radio. Deux poids, deux mesures.