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Escalade entre la France et la Grande-Bretagne dans la crise des migrants

Escalade entre la France et la Grande-Bretagne dans la crise des migrants
AFP

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Paris | La crise entre Paris et Londres a franchi un nouveau cap vendredi, avec l'annulation par Paris de la présence des Britanniques à la réunion de Calais consacrée à la crise des migrants, en réponse à la demande de Boris Johnson que la France reprenne les immigrés arrivant en Grande-Bretagne. 

Dans un message à son homologue britannique Priti Patel, le ministre français de l'Intérieur Gérald Darmanin estime que si la lettre du premier ministre britannique à Emmanuel Macron est une «déception», le fait d'avoir rendu public ce courrier est «pire» encore. En conséquence de quoi, il a annulé la venue de Mme Patel.

La lettre de M. Johnson est «indigente sur le fond et déplacée sur la forme», a renchéri le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, sur la chaîne BFMTV. Cette lettre «propose cet accord de +relocalisation+, ce n'est évidemment pas ce dont on a besoin pour régler ce problème», a-t-il ajouté.

Malgré ces propos très durs, Londres a demandé à Paris de rétablir l'invitation à la ministre britannique de l'Intérieur. Étaient invités les ministres chargés de l'immigration belge, allemand, néerlandais et britannique, ainsi que la Commission européenne.

«Aucune nation ne peut s'attaquer à cela seule. J'espère que les Français reconsidéreront (leur décision)», a déclaré le ministre des Transports, Grant Shapps, sur la BBC.

Ce différend intervient moins de deux jours après le naufrage d'un navire au large de Calais, qui a entraîné la mort de 27 migrants. Parmi les victimes figurent 17 hommes, sept femmes et trois jeunes.

Arrivées massives en Angleterre

Il s'agit du drame migratoire le plus meurtrier depuis la hausse en 2018 des traversées de la Manche, face au verrouillage croissant du port français de Calais (nord de la France) et du tunnel ferroviaire, empruntés jusque-là.

La question des traversées, qui attise régulièrement les tensions bilatérales, est délicate pour le gouvernement conservateur britannique, qui a fait de la lutte contre l'immigration son cheval de bataille dans la foulée du Brexit et voit la côte sud de l'Angleterre confrontée depuis des mois à des arrivées massives de migrants.

Si la France et le Royaume-Uni semblaient jusqu'ici vouloir taire leurs désaccords et améliorer leur coordination, Boris Johnson a crispé Paris en demandant jeudi soir à Emmanuel Macron de reprendre tous les migrants arrivant en Angleterre depuis la France.

«Je propose que nous mettions en place un accord bilatéral de réadmission pour permettre le retour de tous les migrants illégaux qui traversent la Manche», a-t-il indiqué dans une lettre publiée sur Twitter, évoquant des accords similaires conclus par l'UE avec le Bélarus ou la Russie.

Semblant sur la même longueur d'ondes, Priti Patel a appelé à un «effort international coordonné», devant les députés britanniques.

Pêche et sous-marins

«Il y en a marre des doubles discours et de l'externalisation permanente des problèmes» par le Royaume-Uni, a déploré Gabriel Attal. «C'est à se demander maintenant si Boris Johnson ne regrette pas d'avoir quitté l'Europe, parce que dès qu'il a un problème il considère que c'est à l'Europe de le gérer!» a-t-il insisté. Mais «ça ne fonctionne pas comme ça: ça fonctionne en coopération».

Interrogé pour savoir si Paris allait dénoncer les accords du Touquet, qui fixent depuis 2004 la frontière britannique sur la côte française, en échange d'une compensation financière, le porte-parole du gouvernement français a jugé qu'«on peut se poser toutes les questions sur les accords, vous ne pourrez jamais changer ni la géographie, ni les équilibres géopolitiques ni le désir de migrants qui ont envie de se rendre en Grande-Bretagne».

Au 20 novembre, 31 500 migrants avaient quitté les côtes françaises pour la Grande-Bretagne depuis le début de l'année.

Au-delà de la crise des migrants, les tensions se sont accumulées des deux côtés de la Manche depuis le Brexit, en premier lieu sur la pêche. La France agite la menace de sanctions si ses pêcheurs n'obtiennent pas plus de licences pour opérer dans les eaux britanniques.

La crise de confiance bilatérale s'est en outre aggravée lorsque Paris a découvert en septembre que Washington, Londres et Canberra avaient négocié en secret un accord de partenariat stratégique. La France a perdu par ricochet un méga-contrat de vente de sous-marins à l'Australie.