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Votre portefeuille ou vos valeurs?

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Photo AFP Une famille a profité des rabais du Vendredi fou, vendredi, dans un Walmart du Colorado, aux États-Unis.

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Le dilemme est perpétuel. En tant que consommateur, en plein magasinage du temps des Fêtes, posez-vous la question : achetez-vous selon votre portefeuille ou selon vos valeurs ? 

Je suis conscient de l’urgence climatique. Néanmoins, j’ai récemment acheté un véhicule à essence. Le modèle électrique était 20 000 $ plus cher et, selon mon évaluation, moins rentable pour mes besoins. 

Je me révolte de l’exploitation des travailleurs sous-payés dans les usines en Chine. Néanmoins, j’utilise un iPhone fabriqué à Shenzhen par des ouvriers payés moins de 5000 $ par an. Certains sont des adolescents. 

Je déplore qu’Amazon livre une concurrence déloyale à nos détaillants locaux, dont le fardeau fiscal et réglementaire est beaucoup plus élevé. Néanmoins, un abonnement Prime me facilite la vie. Des couches ou un chargeur de batteries moins chers et livrés en 24 heures, c’est parfois très pratique.  

Alors... Achetez-vous selon votre portefeuille ou selon vos valeurs ? 

Dilemme

À l’heure où l’on vante l’achat local, où l’on fait la promotion du « Panier bleu », où le nationalisme économique connaît un regain de vie... comment expliquer les ventes records de Walmart au Canada ? 

Pour les mois d’août à octobre, le géant américain a augmenté ses ventes de 6 %. Ses ventes en ligne ont bondi de 31 %. Avec la flambée du prix des aliments, plusieurs consommateurs se sont tournés vers les « super centers » de Walmart qui offrent des bas prix. 

Je suis allé à Rosemère récemment, où j’ai rencontré des clients de Walmart dans le stationnement. Les prix, la diversité et la proximité sont les trois principales raisons évoquées par ceux qui y font leurs emplettes. « J’encourage l’achat local quand je peux, mais les préparations pour bébé sont beaucoup moins chères, les céréales aussi », m’a confié Sonia Martel, une jeune mère de famille. 

Comme plusieurs d’entre nous, Sonia achète selon ses valeurs, quand son portefeuille le lui permet.

Au pied de cochon

La semaine dernière, Martin Picard s’est attiré les foudres de plusieurs commentateurs en révélant que son restaurant, Au Pied de Cochon, une des meilleures tables au Québec, rémunère ses cuisiniers 13,50 $ l’heure, salaire auquel s’ajoute un partage des pourboires. 

Plusieurs ont laissé entendre que le chef s’en mettait plein les poches en vendant une salade de fromage bleu et d’endives à 24 $, tout en payant son monde un salaire de crève-faim. Les mêmes commentateurs ont noté que les cuisiniers chez McDonald’s gagnaient au minimum 15,50 $ l’heure. Faut-il pour autant applaudir la chaîne américaine, car elle offre des salaires plus avantageux ? 

La marge nette de profit de McDo est de 33 % sur le Big Mac qu’il vous vend. Cela correspond à 2 $ sur les 6 $ que vous coûte un Big Mac. Au Pied de Cochon dégage une marge de 5 % sur la salade au menu, soit environ 2 $ pour un plat vendu 24 $. À ce compte, qui s’en met plein les poches ? 

Instinctivement guidé par mes valeurs, je m’indigne qu’un restaurant de luxe paye moins bien ses employés qu’une chaîne de restauration rapide. Mais lorsque mon portefeuille parle, je réalise que McDonald’s fait plus d’argent sur mon dos que le restaurant Au Pied de Cochon. 

Alors... Achetez-vous selon votre portefeuille ou selon vos valeurs ? Peut-être un peu des deux.