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Voyage au bout de soi-même

Annie Perreault
Photo Pierre-Paul Poulin Annie Perreault, écrivaine

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Cet automne, Annie Perreault signe Les grands espaces, un roman puissant évoquant les silences et les grands froids, la courageuse traversée de territoires immenses et hostiles qui font aller au bout de soi-même. Elle s’est inspirée de sa propre expérience de marathonienne au lac Baïkal – en hiver – pour écrire ce roman polyphonique, où les obsessions et les illusions se fondent dans la tourmente.  

L’histoire se déroule aux quatre points cardinaux. Au Nord, Anna, femme courageuse, entreprend la traversée du lac Baïkal, un lac immense du sud de la Sibérie. Il a plus de 25 millions d’années et reste sacré pour les peuples qui habitent ses rives. Un homme, surnommé l’Ours, recueille Anna in extremis lorsque la tempête survient.

À l’Ouest, une femme fougueuse prénommée Eleonore développe un amour éperdu pour le cosmonaute Youri Gagarine, qu’elle n’a jamais rencontré. 

À l’Est, dans les années 1990, Anna, jeune, partage un compartiment du Transsibérien — train mythique — avec une jeune comète, Gaby.

Au Sud, en parallèle, une femme, surnommée Celle qu’on ne voit pas, recolle les fragments de vie qui apparaissent ici et là dans le roman. 

Ce qui fait dévier les trajectoires

Annie Perreault
Photo courtoisie

L’écrivaine primée s’est inspirée de ses propres expériences pour écrire ce roman qui fait voyager au cœur de territoires inconnus. « Au départ, je voulais écrire un roman sur le froid, la froideur, l’idée de la traversée d’un lac comme quelque chose de dangereux. Je savais que ça allait se passer en Sibérie, au lac Baïkal », explique-t-elle.

En cours de route, elle s’est intéressée à ce qui faisait dévier les trajectoires et aux rencontres et aux amitiés qui, même si elles ne sont pas longues, peuvent avoir un impact sur la suite de notre existence. Elle voulait aussi parler des obsessions.

« Je voulais parler du froid, autant en météo que les froids, les distances, les ruptures d’amitié qui peuvent survenir au cours d’une vie. Ça m’intéressait aussi. »

Un voyage étonnant

Annie Perreault est allée en Sibérie en février-mars 2020, juste avant que tout ferme à cause de la pandémie. « J’ai atterri à Moscou et c’était la troisième fois que j’allais en Russie », ajoute-t-elle. 

« J’ai pris le train jusqu’à Irkoutsk et j’ai traversé le lac Baïkal en courant, dans le cadre d’un marathon organisé. Je n’étais pas toute seule. Je devais finir mon voyage en Mongolie, mais la frontière a été fermée. Je suis rentrée un peu déboussolée. »

Son roman, précise-t-elle, met aussi de l’avant la trajectoire d’une femme très désorientée. « C’était pour moi-même un peu désorientant comme expérience de voyage, ce marathon. J’ai commencé à l’écrire avant de partir et j’ai poursuivi l’écriture en revenant, en faisant confiance à ce qui surgissait ou à l’expérience — où ça m’a menée d’aller courir ce marathon. »

Voilà une écrivaine audacieuse ! « C’était une mise à l’épreuve. C’était mon douzième marathon, mais c’était le premier que j’allais courir l’hiver, dans un contexte qui n’a rien à voir avec ce que je connais. Au milieu du lac, on ne voyait presque rien. J’avais l’impression d’être toute seule au milieu des éléments. »

Un exploit. « C’était physiquement difficile et la météo, très incertaine, pouvait changer très rapidement. Ça ajoutait à la complexité de la traversée, mais j’avais envie de le vivre. C’était mon obsession à moi. »

Annie a trouvé ce marathon exigeant. « Je l’ai couru comme un marathon à part, en poète. Je n’étais pas là pour la performance, même si j’ai fini deuxième, chez les femmes, à ma grande surprise. Mais je n’étais pas là pour la performance. J’étais vraiment là pour vivre le rapport à l’horizon, à la neige, à la visibilité, pour que ce soit vécu dans le corps, ce que j’allais écrire après. »  

EXTRAIT

« Ces immeubles d’habitation à l’architecture brutaliste n’ont rien à voir avec les bungalows aux cours gazonnées et aux haies de cèdres bien taillées que j’ai connus dans la banlieue de mon enfance. Il y avait quelques terrains vagues derrière le boulevard commercial et près de la zone industrielle, j’en faisais mes terrains de jeux. Les herbes hautes, les détritus, les plantes sauvages qui poussaient en tous sens me faisaient un bien fou dans cet univers de tondeuses, de carport et d’œillets d’Inde puants plantés en quinconce que j’ai voulu fuir dès que j’ai pu, à dix-sept ans. »


  • Annie Perreault a publié en 2015 L’occupation des jours (Druide), un recueil qui lui a valu une mention d’honneur pour le Prix Adrienne-Choquette.
  • En 2018, La femme de Valence (Alto) est finaliste aux Rendez-vous du premier roman – Lectures plurielles, puis paraît en France et en anglais au Canada.
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