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[EN IMAGES] Découvrez 5 entreprises centenaires (ou presque) qui sont encore en activité à Québec

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Rares sont les entreprises québécoises qui frôlent ou dépassent les 100 ans d’existence. Le manque de relève, les erreurs stratégiques, les changements sociaux et les faillites s’avèrent des freins importants à la survie d'un grand nombre de magasins, de manufactures ou d'usines.

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Voici 5 entreprises bien de chez nous qui ont su faire leur marque à travers le temps et qui sont toujours en activité!

1) Simons (Simons & Orkney, 1840)  

La devanture du magasin Simons au début des années 1960.
Photo courtoisie
La devanture du magasin Simons au début des années 1960.

À tout seigneur, tout honneur: la doyenne de ces entreprises qui sont restées en activité au fil des décennies est celle fondée par John Simons en 1840. Eh oui, elle a récemment soufflé ses 181 bougies!

Ayant émigré d’Écosse avec sa famille alors qu’il n’était qu’un bambin, John Simons a 17 ans lorsqu’il élit domicile dans la ville de Québec afin d’y ouvrir un petit magasin avec James Orkney. Chez Simons & Orkney, situé au coin des rues Saint-Jean et Sainte-Angèle, on peut acheter des denrées sèches et divers produits importés, notamment des textiles. 

Veillant personnellement à la qualité des marchandises, Simons effectuera régulièrement la traversée de l’Atlantique en voilier dans les décennies suivantes: on estime qu’il l'aurait faite plus de 70 fois! Le partenariat d’affaires change en 1865, alors que le commerce prend le nom de Simons & Foulds. Cinq ans plus tard, la boutique déménage au 20, côte de la Fabrique. 

Archibald Simons prend la relève de son père en 1893. Pendant une vingtaine d’années, soit de 1898 à 1918, l’entreprise s’appellera Simons & Minguy, avant de devenir finalement une entreprise exclusivement familiale. 

La troisième génération de Simons prend les commandes en 1935, lorsque Gordon succède, à son tour, à son père. Il développera notamment le rayon du prêt-à-porter pour dames, ce qui démontre son flair!

Dans les années 1960, sous l’influence de Donald Simons, représentant alors la quatrième génération, le magasin familial s’assure de répondre aux goûts vestimentaires des jeunes «dans le vent» en proposant une allure alors inédite au Québec. 

Plusieurs marques exclusives voient le jour, dont Twik, qui s’adresse aux jeunes femmes de moins de 25 ans. La décoration intérieure n’est pas oubliée: Simons lance une ligne d’audacieux articles de maison.

Les dernières décennies du 20e siècle sont l’occasion de réaliser une étonnante expansion. Après avoir ouvert quelques succursales à Québec, Simons réalise une percée dans plusieurs autres régions, incluant la métropole, puis vers l’ouest du pays. Se déployant désormais très largement, l’entreprise demeure toutefois très attachée à ses racines et à Québec. 

Impossible de ne pas mentionner le superbe cadeau offert par la famille Simons à la Ville de Québec pour en souligner le 400e anniversaire: depuis 2008, la fontaine de Tourny trône fièrement sur le rond-point de la place de l’Assemblée nationale, devant l’hôtel du Parlement.

Photo d'archives Stevens Leblanc

2) Biscuits Leclerc (Frs Leclerc Ltée, 1905)  

François Leclerc entouré de ses employés et de quelques-uns de ses enfants, dans la cour arrière du 165, rue Arago, à Québec.
Photo courtoisie
François Leclerc entouré de ses employés et de quelques-uns de ses enfants, dans la cour arrière du 165, rue Arago, à Québec.

Ayant aujourd’hui plusieurs usines au Canada et aux États-Unis, ses produits étant vendus partout dans le monde, Biscuits Leclerc a pourtant de très modestes origines.

C’est en 1905 que François Leclerc décide de quitter la biscuiterie Charest, où il travaillait depuis une douzaine d’années, afin de fonder sa propre biscuiterie. Avec l’aide de son épouse, Zélia Richard, et d’un emprunt de 125$ à son frère Louis, ce «jeune» entrepreneur de 40 ans démarre son entreprise à l’arrière de la résidence familiale au 165, rue Arago. 

D’abord vendus en vrac dans les petites épiceries de quartier de Québec, les biscuits de Frs Leclerc Ltée sont bientôt disponibles, de la Mauricie jusqu’à la Gaspésie!

Malgré un horaire chargé, François Leclerc trouve le temps de contribuer au développement des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Homme très pieux, il s’implique dans les œuvres paroissiales, dont la conférence de la Société de Saint-Vincent de Paul de Québec, la ligue du Sacré-Cœur, le Tiers-Ordre de Saint-François-d'Assise et la congrégation de la Sainte Vierge. Il sera aussi, pendant un temps, marguillier de la paroisse Notre-Dame-de-Jacques-Cartier, puis commissaire à la Commission des écoles catholiques romaines de Québec.

Les installations de la biscuiterie étant presque détruites dans un incendie en 1931, on acquiert une ancienne usine pour se réinstaller au 585, rue Saint-Vallier. Malgré la crise économique et la Grande Dépression, la petite entreprise se porte plutôt bien. 

Ce sont les frères Albini et Donat Leclerc, après le décès de leur père en 1939, qui reprennent le flambeau, gérant prudemment la croissance tout au long des années 1940. La troisième génération, en la personne du jeune Jean-Robert Leclerc, fera ses débuts officiels au sein de François Leclerc ltée en 1955. 

Le marché du biscuit des années 1960 et 1970 s’avère plus compétitif que jamais. Très structurés et disposant d’importants moyens financiers, des consortiums gobent les petites entreprises locales les unes après les autres. Mais les Leclerc ne s’en laissent pas imposer. Les enfants de Jean-Robert s’impliquent et se partagent les tâches. 

La mécanisation, puis l’informatisation permettent à la famille d’adapter ses installations afin de les rendre plus performantes. Enfin, le virage santé entrepris au tournant du millénaire et l’expansion aux États-Unis en 2010 assurent le succès de l’entreprise, à laquelle la cinquième génération contribue déjà! 

3) Juneau (Juneau & Frère, 1919)  

Publicité de Juneau & Frère à l’occasion de son 50e anniversaire, 30 avril 1969.
Photo courtoisie
Publicité de Juneau & Frère à l’occasion de son 50e anniversaire, 30 avril 1969.

Une autre de nos entreprises centenaires locales est Juneau, fondée en 1919, qui possède aujourd’hui deux magasins dans la région de Québec.

Originaire de Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean, la famille Juneau s’installe à Québec au début du siècle. Joseph-Arthur Juneau, qui exerce alors la profession de peintre à Limoilou, s’associe à son frère François-Xavier pour ouvrir un magasin de peinture sur le chemin de la Canardière. Juneau & Frère y restera jusqu’en 1936.

Ayant déménagé sur la 3e Avenue, le petit magasin prend de l’expansion et consolide sa position de distributeur de peinture. Ainsi, il devient l’un des premiers à offrir les produits Sico dans la ville de Québec. On propose aussi des mélanges de peinture faits sur mesure. Joseph-Arthur développe certaines expertises connexes, notamment la pose de feuilles d'or pour la restauration intérieure d'églises!

Comme bien des entrepreneurs de cette époque, Joseph-Arthur Juneau est très impliqué dans sa communauté. Au fil des ans, il est notamment échevin de la ville de Québec, président de l’Association des constructeurs de Québec, membre fondateur du club Richelieu, président du Centre des patrons chrétiens, et directeur des Œuvres du patro Roc-Amadour; rien de moins! 

S’il conserve le titre de président en 1960 et au début des années 1970, l’homme cède progressivement la direction de l’entreprise à ses fils Jean-Marie et Armand Juneau. Il décède en 1976.

La seconde génération de frères Juneau vend l’entreprise à Serge Fortin et Isabelle Roy en 1988. Si le nom initial est conservé, les nouveaux propriétaires s’assurent de mettre l’entreprise au goût du jour: s’adaptant aux diverses tendances en décoration, Juneau & Frère ajoute bientôt à son offre les pinceaux, les outils et les médiums nécessaires pour réaliser des faux finis, très à la mode au tournant des années 1990. 

On s’assure aussi de répondre à la demande pour des produits plus respectueux de l’environnement. Cette adaptabilité est certainement un important facteur de longévité, de même qu’une expansion bien réfléchie, comme en fait foi la seconde succursale ouverte en 1998. 

Si l’intérieur et la devanture du magasin de la 3e Avenue ont été rafraîchis et rénovés il y a quelques années, et si le nom a été changé pour Juneau.ca, la vision commerciale initiale demeure intacte!

4. Drolet Ressorts (Léon Drolet & Fils Enr., 1927)  

Publicité de Léon Drolet & Fils dans L’Action catholique, 17 décembre 1932.
Illustration courtoisie
Publicité de Léon Drolet & Fils dans L’Action catholique, 17 décembre 1932.

Située dans la Basse-Ville de Québec, Drolet Ressorts tire ses origines de Léon Drolet & Fils. Familiale d’abord — trois générations de Drolet la dirigeront au fil des ans —, Drolet Ressorts est ensuite passée à d’autres propriétaires.

Les premières mentions relatives à Léon Drolet remontent à 1888, alors qu’il est indiqué comme forgeron résidant sur la rue Saint-Luc, dans le quartier Saint-Sauveur. C’est toutefois dans l’Annuaire Marcotte de 1927-1928 qu’apparaît pour la première fois l’entreprise Léon Drolet & Fils, forgerons, laquelle est assortie de la mention «ressorts»: c’est donc ce qu’on retiendra comme date de fondation. 

Le fondateur meurt subitement le 7 avril 1928. L’un de ses fils, Alphonse Drolet, prend alors la relève. Il conserve le nom d’affaires, comme cela se faisait souvent, pour bien montrer la continuité. 

Plusieurs indices montrent cependant qu’il s’agit d’une personne dynamique et moderne. Il est notamment président de l’Œuvre des Terrains de Jeux (OTJ) au milieu des années 1930. 

Ayant littéralement grandi au milieu des pièces d’auto, notre homme a la fibre innovatrice: il développe et fait même breveter un nouveau ressort en 1938. Cette invention est apparemment très bien adaptée aux routes cahoteuses! 

Il sera également nommé aviseur technique à Québec pendant la Seconde Guerre mondiale, puis il s’impliquera dans l’administration de la vie ouvrière en représentant le patronat au tribunal d’arbitrage de l’assurance-chômage de 1946.

René Drolet, le fils d’Alphonse, s’implique dans l’entreprise familiale et commence à être présenté comme gérant en 1944. Le jeune homme fait aussi de la «formation continue», ce qui, dans les années 1940-1950, consiste à visiter des entreprises et des industries, notamment aux États-Unis, pour s’inspirer des meilleures pratiques. 

C’est en 1964 que l’entreprise devient Drolet, Ressorts d’Auto Inc. Dès l’année suivante survient le décès d’Alphonse Drolet. Désormais seul aux commandes, René va présider les destinées de l’entreprise jusqu’en 1972. 

Un vent de changement pousse la direction à actualiser l’apparence visuelle (on fait dessiner un nouveau logo) et à changer à nouveau le nom: ce sera désormais Drolet Ressorts Inc. 

L’entreprise n’appartient plus à la famille Drolet, mais elle est toujours en activité sur la rue Caron, à Québec!

5) Transport Guilbault (Paul Guilbault Inc., 1929)  

Camion Paul Guilbault Inc., 1958.
Photo courtoisie
Camion Paul Guilbault Inc., 1958.

Pour cette dernière entreprise, autorisons-nous une légère dérogation: en effet, c’est à Grondines que Paul Guilbault fonde sa «compagnie de charroyage général» en 1929, mais c’est à Québec que l’on installera plus tard le siège social, rue Faraday, où il se trouve d’ailleurs encore!

C’est donc en pleine crise économique que le jeune homme, soutenu par son père Émile Guilbault, achète son premier camion. En quelques décennies, il est à la tête d’une flotte respectable de véhicules. Laissant à d’autres le déplacement des personnes, Paul Guilbault Inc. se concentre sur le transport de marchandises. 

Église Saint-Malo et garage Paul Guilbault sur la rue Marie-de-l’Incarnation, Québec, 1948.
Photo courtoisie BAnQ, E6,S7,SS1,P68678.
Église Saint-Malo et garage Paul Guilbault sur la rue Marie-de-l’Incarnation, Québec, 1948.

En 1947, elle devient la première entreprise à offrir un service de véhicules réfrigérés ou chauffés entre Québec et Montréal. Ses terminaux dans plusieurs villes et villages lui permettent de servir un vaste territoire.

C’est sous la direction d’André Guilbault, le frère de Paul, que l’entreprise se développe dans les années 1960 et 1970. Certains chantiers de construction, notamment ceux lancés par le gouvernement, procurent des opportunités d’affaires, puisque les matériaux nécessaires doivent être transportés un peu partout au Québec. 

L’ajout de clauses spéciales au permis de Paul Guilbault Inc. (pour transporter de lourdes charges d’acier, par exemple) ainsi que l’arrivée de technologies comme le radiotéléphone lui permettent de répondre encore mieux aux besoins de ses nombreux clients. 

En 1971, l’entreprise devient Guilbault Transport Inc. et elle passe aux mains de la nouvelle génération, dont les beaux-frères Jean Guilbault et Michel Gignac. D’importants développements marquent les années qui suivent, dont la construction d’un énorme terminal à Boucherville, inauguré en 1975.

Comme toutes les entreprises de transport, Guilbault doit faire face à de nombreux changements. Elle acquiert plusieurs de ses concurrents, crée des partenariats et, chaque fois, elle doit procéder à des ajustements. 

Les années 1980 s’avèrent difficiles, alors que le transport est déréglementé (les permis spéciaux, par région, ne sont plus nécessaires) et que commence le libre-échange avec les États-Unis, mais les dirigeants tiennent bon. 

Guilbault saisit l’arrivée du nouveau millénaire pour informatiser progressivement de nombreux éléments de sa chaîne de transport et pour se déployer vers l’Ontario, tout en accueillant la troisième génération familiale. Celle-ci tient d’ailleurs fermement le volant depuis 2013!


Un texte de Catherine Ferland, historienne, Rendez-vous d’histoire de Québec.  

  • Pour visionner les conférences et les activités présentées lors des Rendez-vous d’histoire de Québec en 2020 et 2021, visitez la chaîne YouTube ou le site rvhqc.com. Suivez-nous aussi sur Facebook.   

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