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Intervention policière controversée: le jeune homme n’exclut pas une poursuite contre la Ville de Québec

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Le jeune noir maîtrisé lors d’une intervention policière controversée à Québec au cours de la fin de semaine est une victime «claire» de profilage racial, selon son avocat. Il n’écarte pas une poursuite contre la Ville de Québec.

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«On est en train de regarder la possibilité d’une poursuite civile contre la Ville de Québec pour les agissements du policier. Il y a pour moi une question claire de profilage racial. On parle réellement d’un traitement différentiel que les personnes noires subissent», a affirmé au Journal l’avocat de Pacifique Niyokwizera, Me Fernando Belton.

Pacifique Niyokwizera
Photo Jérémy Bernier
Pacifique Niyokwizera

Du même souffle, il soulève l'idée que «toutes les options sont sur la table», dont certaines qui ne passent pas nécessairement par les tribunaux.

«J’ai entendu [...] plusieurs politiciens qui sont indignés. Peut-être que leurs actions ou ce qu’ils vont faire à partir de là peuvent nous amener à un point où ce soit une autre décision qui soit prise, mais pour l’instant, c’est l’option qui semble être sur la table», laisse-t-il entendre.    

  • Écoutez l'entrevue de la présidente de la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Québec, Martine Fortier, avec Benoit Dutrizac sur QUB radio:   

Force «injustifiée»

Celui qui coordonne la branche du profilage racial de la Clinique juridique de Saint-Michel, à Montréal, estime qu’il y a dans cette affaire «une question encore plus large, tout simplement de dignité humaine».

Il soutient que son client n’a rien à se reprocher, et que la force exercée à son endroit était «totalement injustifiée.»

«C’est un petit jeune de 18 ans, je ne comprends pas. Lui ne comprend pas, sa famille ne comprend pas, et moi, comme avocat, je ne comprends pas comment on peut encore avoir ce genre de comportement là en 2021», poursuit-il.

Les policiers sont intervenus en nombre important dans la nuit de vendredi à samedi, en marge d’une altercation qui aurait débuté au bar Dagobert et dans laquelle Pacifique Niyokwizera affirme ne pas avoir été impliqué.

Des images qui ont fait le tour de la Toile montrent le jeune homme maintenu au sol par plusieurs agents, dont un qui lui jette de la neige au visage avec sa botte. Il affirme avoir été roué de coups et aspergé de poivre de Cayenne.  

  • Écoutez l’entrevue avec Fabrice Vil, avocat, entrepreneur social et chroniqueur:

Il aurait ensuite été déposé par les policiers plus loin, «sans téléphone, sans carte d’identité, sans rien», allègue son avocat. Le SPVQ a ouvert une enquête interne pour faire la lumière sur les événements.

«[Pour les policiers] il n’y a aucune raison d’agir comme ça. Quand un meurtrier se fait arrêter et qu’il est blanc, il n’est pas arrêté de cette façon-là. Ça me choque, ça me répugne de voir qu’on essaie de trouver une justification dans l’agissement, peut-être, de mon client, pour dire “ah, peut-être qu’il a fait quelque chose pour mériter ça”. Personne ne mérite d’être traité de cette façon-là, personne», affirme Me Belton.

Le jeune homme n’aurait finalement reçu aucun constat d’infraction, selon son avocat. «C’est grave, ce qui s’est passé. [...] Au Québec, on ne traite pas des animaux de cette façon-là», dénonce-t-il.

«On parle de plusieurs dommages. On parle de dommages moraux, certes, on parle de dommage matériel [car] on a pris le téléphone de Pacifique, on l’a lancé. On parle de dommages physiques, il a été blessé, c’est un jeune boxeur. C’est quoi les impacts que ça va avoir sur sa carrière?» énumère-t-il.

Famille «extrêmement secouée»

La famille de Pacifique Niyokwizera est «extrêmement secouée», a témoigné Me Fernando Belton. Les événements ravivent des souvenirs douloureux, car celle-ci a immigré pour fuir le climat de violence du Burundi, notamment les bavures policières, en 2013.

«Les plaies qui viennent d’être ouvertes sont très profondes. C’est une couche qui se rajoute sur des choses qu’ils ont déjà dû vivre. Vous avez des parents qui ne font plus confiance à la police, qui ne comprennent pas comment on peut traiter leur enfant de cette façon-là», soutient l’avocat.

«Pacifique, ce n’est pas un jeune criminalisé. C’est un jeune sportif qui va à l’école, qui n’a jamais eu de dossier criminel», affirme-t-il.

L’enquête continue

À ce jour, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) n’a pas répondu à plusieurs allégations faites contre ses agents. Lundi, une porte-parole a souligné que son enquête interne se poursuivait; aucune mesure disciplinaire n’a été prise pour l’instant. «Nous essayons de la faire de façon rigoureuse le plus rapidement possible», a expliqué Marie-Pier Rivard.

Par communiqué, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse s’est dite «fortement interpellée» par les images «choquantes» qui circulent.

Par ailleurs, Mamadi Camara, un père de famille qui avait été accusé à tort d’avoir agressé un policier montréalais au début de l’année, a également réagi sur Twitter. «Cette brutalité n’a pas sa place dans une ville qui prône la diversité», a-t-il déclaré.

— Avec la collaboration de Martin Lavoie

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