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Une poursuite contre le premier ministre Trudeau rejetée

La juge a estimé que Diane Blain n'a que ses propres agissements à blâmer après « la pire humiliation de sa vie »

Élections fédérales 2021
Photo Martin Chevalier

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Une aînée de la Montérégie qui poursuivait le premier ministre Justin Trudeau pour avoir vécu « la pire humiliation de sa vie » n'a qu'elle-même à blâmer, a estimé une juge en rejetant son recours de 90 000$. 

«Si [Diane Blain] a fait l'objet de commentaires désobligeants de la part de certaines personnes à la suite de cet événement, ils sont davantage le fruit de ses propres agissements que des paroles prononcées par M. Trudeau», a estimé la juge de la Cour supérieure Michèle Monast. 

La femme de 77 ans avait vivement apostrophé le premier ministre dans un rassemblement libéral à Sainte-Anne-de-Sabrevois, en août 2018. 

«Je veux savoir quand vous allez nous remettre les 146 millions qu'on a payé pour vos immigrants illégaux», lui avait-elle notamment lancé.

«Madame, cette intolérance par rapport aux immigrants, ça n'a pas sa place au Canada, cette intolérance par rapport à la diversité, vous n'avez pas votre place ici», lui a rétorqué M. Trudeau, applaudi par ses partisans.

Elle lui avait aussi demandé s'il était «tolérant avec les Québécois de souche». 

L'échange corsé avait été filmé et avait suscité beaucoup de réactions, à l'époque. 

Diane Blain
Photo d'Archives, Pierre-Paul Poulin
Diane Blain

Une poursuite de 90 000$

Diane Blain a intenté une poursuite en diffamation contre le premier ministre Trudeau, quelques mois après les événements.

Le procès s'est amorcé en mars dernier. La femme de la région de Saint-Jean-sur-Richelieu lui réclamait 90 000$ en dommages. 

Elle a alors juré avoir vécu « la pire humiliation de sa vie » lors du rassemblement libéral, après avoir été rabrouée en public.

«Elle a aussi affirmé qu'elle était traumatisée par cet événement et qu'elle en garderait des séquelles toute sa vie», note la juge. 

Au procès, les avocats du premier ministre ont toutefois répliqué par une requête pour rejeter la poursuite. 

La juge Monast s'est rangée derrière leurs arguments, considérant qu'elle était «mal fondée et abusive». 

Pas de préjudice

Selon la magistrate, la preuve ne permet pas de conclure que M. Trudeau a commis une faute en s'adressant ainsi à Mme Blain. 

Elle ajoute également que la femme n'a pas subi de préjudice, déplorant surtout son «manque de civilité», son «ton agressif» et son «attitude hostile».

«Son témoignage devant le Tribunal était rempli de contradictions, d'exagérations et d'invraisemblances», a soutenu la juge Michèle Monast. 

La magistrate a estimé que Diane Blain a «planifié et orchestré sa présence au rassemblement», dans le but de «perturber le déroulement de l'événement».

En faisant mention aux «Québécois de souche», «il n'était pas déraisonnable pour M. Trudeau de considérer, dans un tel contexte, que les propos de Mme Blain dénotaient un certain racisme», a poursuivi la juge. 

Notoriété

Également, Diane Blain semble avoir profité de l'événement «pour acquérir une certaine notoriété et faire la promotion de ses idées politiques», selon la juge, précisant que la femme «milite au sein de mouvements nationalistes d'extrême-droite». 

«Il n'est pas déraisonnable de conclure, comme le suggèrent les procureurs de M. Trudeau, qu'elle a intenté des procédures judiciaires contre ce dernier pour les mêmes raisons», a affirmé Michèle Monast. 

En plus d'essuyer un revers, Mme Blain devra payer les frais de justice, dont le montant n'a pas été précisé.

L'avocat de la femme n'a pas répondu au Journal, à savoir s'il comptait porter en appel la décision. 

- Avec la collaboration de Claudia Berthiaume