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À partir de ce matin, les Québécoises travaillent gratuitement pour le reste de l’année

Asian business people working in office with new normal lifestyle.
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Malgré les gains réalisés par les Québécoises au cours des dernières décennies en matière d’égalité et d’équité salariale, les données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) montrent qu’il existe encore aujourd’hui un écart de rémunération non négligeable entre les femmes et les hommes au Québec : en 2020, la rémunération horaire moyenne des premières (26,98 $) représentait 91,9 % de celle des seconds (29,36 $).  

Rapporté sur une année, cet écart signifie symboliquement qu’en date du 1er décembre à 10h26 et pour le reste de l’année, les femmes du Québec travailleront gratuitement, pour la seule raison qu’elles sont des femmes. 

Temps partiel

Puisque les femmes sont surreprésentées dans les emplois à temps partiel, l’écart est beaucoup plus grand lorsqu’on compare le revenu annuel moyen : en 2019, le revenu total des femmes (39 800 $) était 23,8 % plus faible que celui des hommes (52 200 $). Selon cette mesure, c’est donc à partir du 5 octobre que les femmes du Québec commencent leur période de travail gratuit. 

Plus encore, cet écart se manifeste systématiquement, même lorsqu’on compare des hommes et des femmes de la même tranche d’âge, du même niveau de scolarité, ayant le même statut d’emploi (permanent ou temporaire), le même niveau de compétence, œuvrant dans la même industrie, etc. Seule variable qui n’obéit pas à cette tendance : la présence syndicale. En 2020, l’écart salarial entre les hommes et les femmes était presque inexistant pour les employé·e·s syndiqué·e·s. 

Le Québec fait néanmoins beaucoup mieux que la province voisine de l’Ontario et que l’ensemble du Canada. En 2020, les femmes du Québec ont gagné près de deux semaines de rémunération par rapport à leurs sœurs de l’Ontario et du Canada puisque, dans ces deux juridictions, c’est respectivement à partir du 18 et du 19 novembre que les femmes ont commencé à travailler pour des prunes. 

Syndicalisation

Or, le Québec se distingue de ces autres juridictions par son taux de syndicalisation qui, comme on l’a vu, semble être un des facteurs importants favorisant l’égalité dans la rémunération entre les hommes et les femmes. En effet, depuis le tournant des années 1970, le Québec a le meilleur taux de syndicalisation en Amérique du Nord. En 2019, 39,1 % des travailleuses et des travailleurs du Québec étaient syndiqué·e·s, contre 26,3 % des Ontarien·ne·s et 30,2 % des Canadien·ne·s.  

La mise en œuvre de politiques publiques structurantes peut également expliquer la meilleure performance du Québec dans l’atteinte de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. Pensons à la Loi sur l’équité salariale, adoptée en 1996, à la création en 1997 du réseau québécois des centres de la petite enfance (CPE), qui a fait augmenter la participation des mères québécoises au marché du travail, ainsi qu’à l’instauration en 2006 du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), qui est le plus généreux en Amérique du Nord  

Au rythme actuel, il faudra tout de même 50 ans pour que l’écart de rémunération entre les Québécoises et les Québécois disparaisse complètement. Si on souhaite accélérer le pas, plusieurs avenues s’avèrent porteuses, dont celle d’augmenter le taux de syndicalisation des travailleuses et des travailleurs et celle d’élargir l’accès aux services de garde. 

Anne Plourde et Julia Posca, chercheuses à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques.

*Anne Plourde est également chercheuse postdoctorale à l’Université York