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Les syndicats devraient appuyer l’extension de la loi 101 au cégep

GEN - GEORGES-RÉMY FORTIN PROFESSEUR
PHOTO MARTIN ALARIE

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Une récente étude de l’Office québécois de la langue française confirme la progression de l’anglais sur le marché du travail de Montréal. L’anglais n’est plus seulement demandé pour les postes en relation avec le Canada anglais ou avec les États-Unis, mais de plus en plus comme langue de fonctionnement des entreprises et de services aux clients québécois.

Des Québécoises et des Québécois se voient refuser des emplois parce que parler leur propre langue ne suffit pas. Des nouveaux arrivants à qui on a vanté la possibilité de travailler en français au Québec sont sans emploi parce qu’ils ne maîtrisent pas l’anglais.

Services en anglais

L’anglicisation du travail signifie aussi une anglicisation des services. Aussi bien dans les commerces du centre-ville qu’au CUSM, il est de plus en plus fréquent de ne pas pouvoir recevoir des services en français. À l’inverse, Michael Rousseau nous a rappelé récemment qu’il est facile de vivre à Montréal, d’y accéder à un poste de pouvoir et de se faire applaudir par la Chambre de commerce sans parler un mot de français.

On s’étonne que certains grands syndicats québécois ne comprennent pas l’impact structurant sur le marché du travail d’une extension de la loi 101 au collégial. Ils sont sensibles aux voix qui, du côté des cégeps anglophones, expriment des craintes pour les emplois. Pourtant, aucune étude ne démontre que ces craintes soient fondées.

En réalité, la seule chose qui soit menacée par la loi 101, c’est la vision entrepreneuriale d’un cégep comme Dawson, qui n’a jamais fini de s’agrandir. Les syndicats doivent refuser de devenir les alliés objectifs de la Fédération des cégeps, ce lobby patronal qui prône une vision de l’éducation comme libre marché dans lequel la société n’aurait pas le droit d’intervenir pour défendre la langue commune.

Préservons le français

Les études de Charles Castonguay et Frédéric Lacroix montrent que le libre choix de la langue au cégep est l’une des causes majeures de l’anglicisation de Montréal. Le choix du cégep anglais par certains contribue à une anglicisation de la société et du marché du travail qui impose de facto l’anglais à tous les autres. Sous couvert du « droit individuel », c’est un choix collectif en faveur de l’anglais qui est effectué.

Une des rares mesures qui puissent peut-être renverser le mouvement massif vers l’anglais est l’application de la loi 101 au cégep. Le monde des affaires n’approuvera pas, mais il s’en accommodera, puisqu’elle est plus simple et moins bureaucratique qu’une multiplication de la réglementation qui régit la langue dans les milieux de travail. En définitive, le français comme langue du travail et des services ne peut être préservé sans une mobilisation de tous les grands syndicats québécois.

Georges-Rémy Fortin, professeur de philosophie au Collège Bois-de-Boulogne et membre du Regroupement pour le cégep français

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