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Shawinigan ferme temporairement son usine d’eau potable qui polluait

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L’usine flambant neuve de filtration d’eau de Shawinigan, qui multiplie des rejets toxiques et qui fait l’objet d’une enquête du ministère, ferme pour une durée indéterminée.

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Un avis d’ébullition a été lancé pour tous les citoyens desservis par l’usine, soit 30 000 personnes, ce qui représente 70% des Shawiniganais, à partir de jeudi.

Encore au mois d’août, le maire Michel Angers qualifiait pourtant l’ouvrage de «grande victoire politique».

Mais depuis son ouverture en janvier 2020, l’usine du lac à La Pêche, qui fait partie d’un projet de mise aux normes du système d’eau potable de Shawinigan et qui a coûté 64 millions $, n’a jamais bien fonctionné. 

Les membranes qui filtrent l’eau s’encrassent, obligeant ainsi les ouvriers à les laver plus souvent que prévu, ce qui entraîne des rejets dans un ruisseau. Ceux-ci tuent des poissons. Le ministère de l’Environnement a même ouvert une enquête pour faire la lumière sur la situation, révélait notre Bureau d’enquête en août dernier.

Malgré les contrats accordés ces derniers mois pour nettoyer le ruisseau et l’usine et trouver des solutions (plus de 4 millions $), la Ville a été contrainte d’annoncer mercredi qu’elle devait fermer l’usine. 

«Davantage de matières organiques se retrouvent dans l’eau à l’automne et ceci engendre l’accélération du colmatage des membranes», a expliqué le maire par communiqué.

Ce dernier ne sait pas quand l’usine pourra rouvrir ni combien il en coûtera pour corriger la situation. 

En août dernier, le maire Angers avait déclaré ceci au Journal, au sujet de l’usine: «On va commencer par faire une nouvelle tentative de redémarrage, mais s’il faut mettre le feu à l’usine par après, ne soyez pas inquiet, je serai le pyromane de service. Mais au moment où on se parle, j’ai encore espoir que la technologie [...] puisse fonctionner.»

Une rencontre est prévue avec le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, le 15 décembre.

«Dégât environnemental»

André Berthiaume, propriétaire de terres où circule le ruisseau contaminé par l’usine, se dit content de cette annonce. Depuis des semaines, il affirmait que le nettoyage du ruisseau était loin d’être terminé et que les rejets avaient repris de plus belle.

«Encore samedi, on a pris des photos parce qu’il y a eu des rejets», dit-il.

D'ailleurs, ce dernier se demande pourquoi la décision survient maintenant... soit quelques semaines après les élections municipales.

Michel Angers, maire de Shawinigan depuis 2009, s’était battu bec et ongles pour obtenir l’usine de filtration d’eau au lac à la Pêche plutôt que sur la rivière Saint-Maurice comme le souhaitait le ministère de l’Environnement. 

«C’est entièrement son erreur, le choix du site, insiste M. Berthiaume. Et maintenant, on a un gros dégât environnemental et moi je suis inquiet que ma terre va rester souillée. Et dès qu’ils vont repartir l’usine, j’aurai une épée de Damoclès au-dessus de la tête, ajoute-t-il. L’eau du lac à la Pêche est sale et va toujours le rester.»

Au cours des derniers mois, Le Journal a essuyé de nombreux refus de la part de la Ville à des demandes d’accès à l’information. Certaines concernent des rapports, dont celui du Centre national en électrochimie et en technologies environnementales (CNETE) de 2017 sur les essais pilotes de traitement et recyclage des eaux du lac à la Pêche. La DG du centre, Nancy Déziel, est également conseillère municipale et amie de M. Angers.

Au moment de publier, le maire n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue.

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