/opinion/columnists
Navigation

Le droit à l’avortement en voie d’extinction

US-SUPREME-COURT-HOLDS-INVESTITURE-CEREMONY-FOR-ASSOCIATE-JUSTIC
Photo AFP Le juge en chef John Roberts (à droite) devant la Cour suprême le 1er octobre dernier à Washington, DC.

Coup d'oeil sur cet article

Depuis presque 50 ans, la droite veut renverser l’arrêt Roe vs Wade qui interdit aux États de criminaliser l’avortement. La Cour suprême est en voie d’exaucer ses vœux.

La Cour entendait hier les plaidoyers sur une loi du Mississippi qui interdit pratiquement tout avortement après 15 semaines de gestation, alors que la jurisprudence oblige les États à permettre l’avortement avant le seuil de viabilité du fœtus, fixé à 22 semaines.

Les juges de la majorité conservatrice ont signalé qu’ils sont ouverts à renverser ou affaiblir Roe vs Wade, ce qui ouvrirait la porte à la criminalisation de l’avortement.

Oblitérer des droits

Depuis Roe vs Wade (1973), la jurisprudence a affirmé le droit des femmes de contrôler leurs choix reproductifs.

Une solide majorité d’Américains appuie le cadre juridique actuel, mais une petite minorité fortement opposée est parvenue à noyauter le Parti républicain et à faire de l’élimination de ce droit une de ses principales priorités.

La juge Sonia Sotomayor (nommée par Barack Obama) a noté que les législateurs du Mississippi ont conçu leur loi explicitement pour donner à la nouvelle majorité conservatrice de la Cour l’occasion de démolir Roe vs Wade et oblitérer les droits qui y sont attachés.

  • Écoutez la chronique de Luc Laliberté au micro de Richard Martineau sur QUB radio :

Le point de vue conservateur

Évidemment, le point de vue des défenseurs de la loi et des juges qui leur sont sympathiques est tout autre. Pour eux, les droits présumés de l’enfant à naître l’emportent sur ceux de la mère.

Dans plusieurs États républicains, on n’attend qu’un affaiblissement de Roe vs Wade pour adopter des restrictions encore plus sévères.

Le juge en chef John Roberts est réceptif à ces arguments, mais il est aussi soucieux de préserver la crédibilité de la Cour en privilégiant les précédents établis. Hier, il semblait vouloir temporiser en tentant de réconcilier la loi du Mississippi avec le cadre juridique de Roe vs Wade—mission impossible !

Pour les juges plus résolument conservateurs, il n’y a pas de compromis possible. Renverser ce précédent devrait plutôt être perçu comme la réparation d’une grave erreur passée.

Retour du balancier ?

Dans le débat entre le juge en chef Roberts, selon qui la crédibilité de la Cour exige le respect des précédents judiciaires, et les conservateurs purs et durs, qui considèrent ce précédent illégitime, ce sont probablement les purs et durs qui prévaudront.

La plupart des analystes accordent peu de chances aux défenseurs du droit à l’avortement de résister à l’assaut dont la cause entendue hier n’est que la première salve.

La base ultraconservatrice du Parti républicain savourera sans doute ces triomphes juridiques, mais il est moins clair que la ligne dure en matière d’avortement sera perçue favorablement par l’électorat général, dont les préférences sont plus modérées.

Ce virage à droite de la Cour suprême pourrait éventuellement coûter des appuis électoraux aux républicains, mais ce sera une bien mince consolation pour les femmes qui perdront un droit qu’elles croyaient acquis.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.