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Peng Shuai: le tennis féminin poursuit son bras de fer avec Pékin, le CIO plaide «l’approche humaine»

Peng Shuai: le tennis féminin poursuit son bras de fer avec Pékin, le CIO plaide «l’approche humaine»
AFP

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Le tennis féminin mondial a affiché sa détermination dans son bras de fer avec Pékin en mettant à exécution sa menace de suspendre tous ses tournois en Chine dans l’affaire Peng Shuai, alors que le CIO a annoncé jeudi l’avoir de nouveau contactée, confirmant sa volonté de négocier avec la Chine.

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De Billie Jean King au N.1 mondial Novak Djokovic, plusieurs grands noms du tennis ont affiché leur soutien à la WTA, l’instance gérant le circuit féminin de tennis, dans sa ligne choisie pour exiger des nouvelles de Peng Shuai. Ex-N.1 mondiale en double, la joueuse a accusé un ex-haut dirigeant chinois d’agression sexuelle.

De son côté, le CIO, en butte aux critiques pour la modération de sa réponse et taxé de complaisance alors que les Jeux olympiques d’hiver doivent s’ouvrir dans deux mois à Pékin, a annoncé, sans publier d’enregistrement ni d’images, avoir eu un deuxième entretien avec la joueuse et a de nouveau défendu son «approche humaine» du dossier.

«Nous partageons la même inquiétude que nombre d’autres personnes et organisations au sujet du bien-être et de la sécurité de Peng Shuai», a assuré dans un communiqué l’organisation.

Dans une rare réaction allant un peu dans le même sens, l’ATP, équivalent masculin de la WTA, a réclamé «une ligne de communication directe entre la joueuse et la WTA», tout en rejetant l’idée du boycott de la Chine.

Une «présence dans le monde entier donne une meilleure chance d’obtenir des résultats», a assuré le président de l’ATP Andrea Gaudenzi.

«Les accusations de Peng doivent être traitées», a souligné dans un communiqué transmis à l’AFP la Fédération internationale de tennis, qui «continuera à soutenir les efforts fournis dans ce sens, à la fois publiquement et en coulisses».

En réponse à la décision de la WTA, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, a dénoncé jeudi une «politisation du sport». L’Association chinoise de tennis, l’instance étatique chargée de ce sport en Chine, a quant à elle exprimé son «indignation», selon un tweet publié jeudi par le quotidien chinois officiel Global Times.

La WTA a pris cette initiative en raison, selon son président Steve Simon, des «doutes sérieux» persistants quant à la liberté de mouvement de la joueuse de 35 ans, lauréate de Wimbledon et Roland-Garros en double. Dans un communiqué au ton virulent, il a annoncé mercredi soir «la suspension immédiate de tous les tournois WTA en Chine, y compris Hong Kong».

«Les principes avant les dollars»

Une fermeté saluée par de nombreuses vedettes. Pour Billie Jean King, 12 tournois du Grand Chelem à son palmarès, la WTA «est du bon côté de l’histoire».

«Je soutiens complètement la position de la WTA parce qu’on n’a pas assez d’informations» sur Peng Shuai, a affirmé Djokovic.

«Si un tournoi se jouait (en Chine) la semaine prochaine, probablement que personne ne serait à l’aise», a de son côté déclaré le N.2 mondial, le Russe Daniil Medvedev. «Mais le prochain tournoi est à l’automne, voyons comment les choses vont évoluer», a-t-il ajouté, jugeant que la WTA avait pris une «décision forte» mais refusant de blâmer l’ATP.

La légendaire Martina Navratilova a salué une «position courageuse» de la WTA qui fait «passer les principes avant les dollars».

Le retrait décidé par la WTA pourrait coûter à terme des millions d’euros à l’organisation, car la Chine constitue l’un de ses plus gros marchés.

Le pays asiatique n’a toutefois pas accueilli de tournois WTA récemment en raison du Covid-19 et n’en aurait vraisemblablement pas organisé dans un proche avenir.

Lors de la saison 2019, la dernière à ne pas avoir été touchée par l’épidémie, dix tournois avaient été organisés en Chine, dont le Masters féminin de fin d’année qui, avec 14 millions de dollars, avait été mieux doté financièrement que son équivalent masculin.

«J’espère que les dirigeants du monde vont continuer à se manifester pour que justice soit rendue à Peng et à toutes les femmes, quelles qu’en soient les conséquences financières», a souligné Steve Simon.

Début novembre, dans un message publié sur le réseau social chinois Weibo, qui avait vite disparu, Peng Shuai avait notamment accusé l’ancien vice-premier ministre chinois Zhang Gaoli, marié et de 40 ans son aîné, de l’avoir contrainte à une relation sexuelle.

Affaire censurée

De nombreuses vedettes du tennis mondial, de Chris Evert à Naomi Osaka, plusieurs pays occidentaux comme la France et les États-Unis, mais aussi l’Union européenne et l’ONU, ont déjà demandé à Pékin de clarifier le sort de Peng Shuai.

La jeune femme est réapparue le 21 novembre dans un restaurant de Pékin et lors d’un tournoi de tennis organisé dans la capitale chinoise, selon des vidéos publiées par des journalistes de médias officiels.

Elle a aussi déclaré lors d’une visioconférence avec le président du CIO, Thomas Bach, être «saine et sauve à son domicile à Pékin» mais qu’elle «aimerait que sa vie privée soit respectée».

Insuffisant pour Steve Simon: «Rien de tout cela n’est acceptable et ne le sera jamais. Si les puissants peuvent supprimer les voix de femmes et balayer sous le tapis des accusations d’abus sexuels, alors les fondements sur lesquels reposent la WTA -- égalité pour les femmes -- seraient fortement ébranlés.»

La décision de la WTA fait l’objet d’une intense censure sur les réseaux sociaux. La grande majorité des Chinois n’ont ainsi pas connaissance de l’effervescence entourant Peng Shuai.

Certains internautes chinois, au courant de l’information, ont toutefois publié jeudi des commentaires tantôt élogieux, tantôt hostiles, sur le compte officiel Weibo de la WTA.

L'ATP réclame une « communication directe », contre le boycott

L'ATP, qui gère le circuit professionnel masculin de tennis, réclame un accès direct à Peng Shuai et considère que le meilleur moyen d'influer sur sa situation en Chine est de privilégier une présence sur place, selon un communiqué publié jeudi. 

« Nous renouvelons notre appel pressant à l'ouverture d'une ligne de communication directe entre la joueuse et la WTA afin d'établir une image plus claire de sa situation », déclare le président de l'ATP Andrea Gaudenzi dans un texte qui ne cite pas une seule fois la Chine.

Et, contrairement à la WTA qui refuse de retourner jouer en Chine ou à Hong Kong tant que l'affaire Peng Shuai n'est pas réglée, Gaudenzi estime qu'une « présence dans le monde entier donne une meilleure chance d'obtenir des résultats ».

« La situation concernant Peng Shuai continue de soulever des craintes au sein et en-dehors de notre sport. La réponse à ces inquiétudes est jusque-là insuffisante », dénonce-t-il cependant.

« Nous continuons de discuter avec nos membres et de suivre les évolutions de cette affaire », conclut Gaudenzi dans un court texte qui ne fait pas non plus de référence directe à la situation de la joueuse de 35 ans.

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