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Honduras: le retour du pendule

Xiomara Castro, élue présidente du Honduras
Photo AFP Xiomara Castro, élue présidente du Honduras

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Le Honduras, vous connaissez? Petit pays d’Amérique centrale, coincé entre le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala, avec une large ouverture sur la mer des Caraïbes. On le qualifiait de république bananière, fief de la United Fruit Company, laquelle y fit la pluie et le beau temps. Sa population de dix millions d’habitants est à plus de cinquante pour cent analphabète et la plus pauvre de la région avec Haïti.

Ce pays s’était fait connaître en juillet 1969, dans ce qu’on appela «la guerre du football», une guerre totalement absurde sur fond d’exacerbation nationaliste avec son voisin, le Salvador, qui dura cent heures et qui, malgré sa brièveté, fit trois mille morts, quinze mille blessés et causa d’énormes destructions des deux côtés de la frontière.

Alors que tout autour, au Salvador et au Nicaragua, des guérillas s’activaient, le Honduras demeurait solidement ancré dans le giron de l’empire étatsunien. Jusqu’au jour où Manuel Zelaya est élu président, en 1986. En quelques années, il effectue un virage à gauche et entreprend un rapprochement avec le Venezuela d’Hugo Chavez. C’en est trop. On craint un autre Cuba. En 1989, les militaires le chassent du pouvoir et Zelaya est forcé de s’exiler. Un coup d’État nouveau genre est expérimenté, sans effusion de sang. La CIA et la United Fruit peuvent respirer.

Retour à la «normalidad» pendant trente-deux ans. De dures années de violences et de pauvreté extrême (60% de la population). Le pays est livré aux narcotrafiquants. En la seule année 2019, 300 000 Honduriens ont émigré vers le «Nord» mythique, fuyant la misère et la violence. Peu d’entre eux arrivent à destination au terme d’un plus que périlleux chemin de croix. Les femmes sont les plus menacées et vulnérables. Nombreuses sont celles qu’on retrouve dans les fosses clandestines du Mexique. Entre 2004 et 2018, on dénombre au Honduras pas moins de 72 000 homicides, soit une moyenne de dix homicides par jour.

Mais des jours nouveaux semblent enfin s’annoncer au Honduras. Par un drôle de revirement de situation, Xiomara Castro, l’épouse de Manuel Zelaya, celui-là même qui avait été chassé du pouvoir par les militaires, vient d’être élue présidente du pays. Non seulement s’agit-il de la première femme à assumer cette fonction, mais encore elle n’a pas craint de faire campagne en mettant de l’avant un programme politique progressiste en faveur des plus démunis et en parlant de «socialisme démocratique». Des mots tabous dans ce pays (comme au Québec, semble-t-il?). Les dirigeants d’entreprises et la vieille classe politique corrompue ont eu beau se déchaîner contre elle, à travers les principaux médias qu’ils contrôlent, en l’accusant de «communiste» — ce qui semble être l’opprobre suprême —, rien n’y fit: plus de 53% des électeurs ont voté pour cette femme de caractère.

Elle a promis de légiférer en matière d’avortement, de santé, d’éducation et d’égalité des droits entre femmes et hommes. Elle aura beaucoup à faire dans ce pays qui fait partie du triangle du narcotrafic avec le Salvador et le Guatemala, tête de pont de la Colombie, principal pays producteur de cocaïne. Les milliers de migrants honduriens, stationnés dans différents pays, sans papiers, sans droits, ont désormais une bonne raison de rêver d’un retour au pays natal. Xiomara Castro est leur seule bouée de sauvetage.

Par cette victoire des forces progressistes, le rapport de forces vient de changer en Amérique latine et les États-Unis perdent un allié. À surveiller maintenant: le deuxième tour des élections au Chili, le 19 décembre prochain, où la gauche et la droite s’affronteront.