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Benjamine et son destin: quatre sœurs dans les années 1940

Denis Monette
Photo courtoisie, Guy Beaupré Denis Monette

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Lui qui avait annoncé il y a quelques années qu’il prenait sa retraite, le romancier à succès Denis Monette signe cet automne son trentième ouvrage, Benjamine et son destin. Il y raconte le parcours d’une fillette née en 1940 dans des circonstances difficiles et de ses trois sœurs. Un roman d’émotions, écrit pendant le confinement.

Ce nouveau roman débute le 13 février 1940, lorsque Jeanne Vinais rend l’âme à la suite de son accouchement difficile. Le père éploré se retrouve seul avec quatre filles, la plus vieille, Marcelle, n’ayant que 13 ans. C’est elle qui doit quand même quitter l’école pour s’occuper de la maison et de ses jeunes sœurs.

Marcelle n’a pas d’autre choix que de s’incliner et accepter sa tâche, elle qui avait bien d’autres rêves. À ses yeux, Benjamine deviendra l’autre, celle qui a tué leur mère. Les années passent. Benjamine s’épanouit tant bien que mal même si elle ne reçoit pas beaucoup d’amour de son entourage. 

En entrevue, Denis Monette, 85 ans, parle avec émotion de ce trentième roman écrit pendant le confinement. Le troisième après qu’il eut annoncé prendre sa retraite. « Celui-ci va-t-il être mon dernier ? Je ne le sais pas. Maintenant, je laisse ça à la grâce de Dieu parce que rendu à mon âge avancé, je n’ai pas une santé extrêmement reluisante. Je peux être victime de tout ce qui arrive à cet âge-là. »

L’écriture lui a fait beaucoup de bien pendant le confinement. À sa grande surprise, il a « pondu » un roman de 430 pages ! « J’étais imprégné de mes personnages. Je continuais, je continuais. De nos jours, c’est une bonne brique ! Il y a beaucoup de monde dans mon roman et je voulais tous leur accorder une belle place. »

Denis Monette écrit des romans depuis 1990. « Je n’ai pas arrêté depuis ce temps-là. » Benjamine et son destin est venu le chercher, côté émotions. « Ce roman a pris toutes mes énergies. »

Son imagination

Il ne s’est pas inspiré d’une histoire vraie : tout est inventé. Mais tout est plausible ! « C’est une belle histoire de famille. Il n’y a aucun de ces personnages que je connais ou que j’ai connus qui a subi ce qu’ils ont subi. Benjamine, elle sort de mon imagination, tout simplement. Ses sœurs aussi. Elles sont quand même quatre filles : c’est rare que j’aie autant de femmes dans un seul roman. Ça fait plusieurs vies à raconter. »

Benjamine est venue au monde en 1940, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Sa mère est morte en couches. La fille aînée, Marcelle, doit prendre en charge la maison et ses trois petites sœurs, à 13 ans. « Pauvre petite fille ! C’était pas drôle pour elle de s’occuper d’un bébé et de la maison. Le pauvre père était désespéré. Malheureusement, l’aînée était toujours la plus regardée pour prendre charge de la maison. »

Denis Monette a beaucoup de compassion pour toutes ces femmes qui ont dû mettre leurs rêves de côté pour s’occuper de la maisonnée, à l’époque. Ses lectrices lui partagent d’ailleurs des témoignages à ce sujet. 

« Marcelle voulait devenir scénographe, elle ne voulait pas être une babysitter. La petite, elle ne l’aimait pas plus qu’il faut : elle l’appelait “l’autre”. Elle ne voulait même pas prononcer son nom tellement elle était malheureuse d’être confinée à la maison. »

Grandes émotions

Le romancier s’est imprégné de l’histoire et des personnages, et a ressenti de grandes émotions en écrivant. « J’avais de la misère à sortir de ce roman qui m’habite encore », note-t-il.

« Je pense que, de tous mes romans, c’est celui qui m’a donné le plus d’émotions. Peut-être parce qu’en prenant de l’âge, je deviens plus sensible et plus émotif ? Je vivais les émotions des filles de la maison en même temps qu’elles, ce qui ne m’arrivait pas autrefois. » 


♦ Denis Monette a vendu à ce jour plus d’un million de livres à travers le Québec et toute la francophonie.

♦ Il a publié des recueils de billets, des romans et une autobiographie.

♦ Il a été lauréat de plusieurs prix et hommages.

EXTRAIT 

Denis Monette
Photo courtoisie

« Une jolie fillette née sous le signe du Verseau. Douce et obéissante, tu seras choyée toute ta vie. Tu auras envie de belles choses quand tu seras grande et tu vas rencontrer un garçon aussi beau qu’un prince charmant pour en faire ton cavalier ! D’ici là, tu vas très bien te conduire, obéir à tes grandes sœurs et ta vie sera belle !

Benjamine était ravie et madame Astrid, voulant savoir la provenance de son prénom, fut étonnée d’apprendre la cause de ce choix. D’autant plus que la mère n’était plus là pour être plus explicite sur la raison de ce prénom peu répandu. »