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La maladie de la bougeotte

La bougeotte, nouveau mal du siècle ?
Photo courtoisie

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Voilà, c’est confirmé, docteur. Nous serions atteints d’un nouveau mal appelé « la bougeotte », cette maladie des temps modernes qui nous pousse à être sans cesse en mouvement : croisières, vacances dépaysantes à l’autre bout du monde, escapades de fin de semaine, emplettes et magasinage compulsif, sans parler des déplacements nécessaires pour se rendre au travail, nous sommes devenus incapables de demeurer immobiles et cela a des effets délétères sur notre environnement, « qu’il s’agisse de pollution de l’air dans les zones urbaines, de destructions d’habitats naturels ou de dérèglement climatique ». 

Sans parler des risques de transmission de virus à l’échelle internationale, comme on le vit actuellement avec la Covid-19. Bref, veiller sur l’perron en se disant des je t’aime sympathiques, c’est de l’histoire ancienne. 

Si, au départ, le terme bougeotte signifiait le nid du pigeon, au début du XXe siècle, il prend un tout autre sens sous la plume de l’écrivain et académicien français Jules Claretie, pour qui il s’agit d’une nouvelle maladie : « On s’ennuie partout. On veut toujours être “autre part” [...] On part pour bouger. Impossibilité de tenir en place. Besoin de déplacement quand même. Par l’auto, par le métro, par le canot, par la bicyclette, par le ballon de La Vaulx, par tous les moyens de locomotion possible, aérienne, aquatique, ferrée, qu’importe ? C’est la bougeotte ! » 

Un couteau à deux tranchants

Cette « maladie » n’est donc pas nouvelle, elle aurait un peu plus de cent ans, mais elle prendra de l’ampleur après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement accéléré des moyens de transport. Et l’auteur d’énumérer les grandes catastrophes qui ont jalonné ce développement gigantesque et marqué notre mémoire, du naufrage du Titanic à l’écrasement du Concorde, en passant par les accidents routiers qui feraient annuellement 1,35 million de victimes.  

Bien sûr, nos premiers ancêtres se sont déplacés pour découvrir d’autres régions de la planète. C’était sans doute inscrit dans leur ADN, dit l’auteur. Mais les chasseurs-cueilleurs que nous étions ont ensuite échangé leur nomadisme par une sédentarité qui ne fait pas que des heureux. Bien que cela puisse sembler contradictoire, nous bougeons plus, mais nous nous dépensons moins. « Cette sédentarité provoque entre autres conséquences du surpoids, lui-même affectant en retour la capacité à se déplacer par soi-même. »

Castaignède précise que la majorité des déplacements concerne les loisirs, le tourisme, les visites familiales et amicales, « les trajets purement professionnels étant, depuis les années 1960, devenus minoritaires ». 

On recherche de plus en plus l’exotisme, l’unique, ce qui nous pousse là « où l’herbe est toujours plus verte », vers les régions les plus éloignées pour y observer la débâcle des banquises ou des troupeaux d’animaux de moins en moins sauvages. Cela n’est cependant pas un phénomène nouveau, car la mythologie fourmille d’exemples semblables, comme l’épopée de Gilgamesh ou l’odyssée d’Ulysse. 

On pourrait donc dire que la bougeotte ne connaît pas de frontières et qu’elle prend sa source dans « l’ennui, la curiosité, le travail, la nécessité ou l’envie d’obtenir des biens ou des services ». 

Et comme nous avons de plus en plus la bougeotte, on a pensé à tout pour notre plus grand confort, même lorsqu’il s’agit de se débrouiller par soi-même pour s’orienter ou se loger. Car nous pouvons être en constante communication un peu partout dans le monde, grâce à notre téléphone cellulaire. 

Cette multiplication des moyens mis à notre disposition pour assurer une plus grande mobilité est un couteau à deux tranchants. Castaignède ne demande pas qu’on retourne à la carriole ou au voilier, mais il propose simplement d’administrer un calmant, voire « un remède de cheval », à notre bougeotte. Et en premier lieu, « nous interroger sur nos modes de vie et de développement » et ne plus miser sur le « messianisme technologique » pour nous sauver. « Croire, dit-il, que la motricité électrique, voire à hydrogène “vert”, puisse prochainement être généralisée et nous affranchir des émanations nocives générées par les transports est plus qu’étonnant. » 

À lire avant d’organiser votre prochain voyage. 

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En voilà un qui a la bougeotte et c’est tant mieux. Le journaliste et chroniqueur Gary Lawrence nous invite, en 50 voyages, à redécouvrir le monde qui nous entoure, des icebergs de l’Antarctique à la Grande Barrière de corail, en passant par la Namibie, le Pérou, Paris ou Beijing, entre autres. Vous qui pensiez que les safaris, c’est pour les assoiffés de sang qui veulent à tout prix ramener à la maison un trophée de chasse, détrompez-vous. Ce sont des images à couper le souffle qui vous attendent au Botswana, « au pays des safaris de haut vol [...], le plus sécuritaire havre de paix des animaux d’Afrique », en compagnie du guide Moss, cet « as-pisteur de la tribu des Bayei ». Vous serez, vous aussi, en pâmoison devant le défilé impromptu des léopards, lions, éléphants, lycaons, « ces chiens sauvages menacés d’extinction », guépards, impalas, babouins, hyènes, antilopes, girafes, buffles, zèbres et autres animaux sauvages dans leur habitat naturel, sans parler des 450 espèces d’oiseaux. Le danger, avec ce genre d’ouvrage, c’est qu’il donne le goût de prendre la route, sur les traces du journaliste bourlingueur. 


VOYAGES EN NOSTALGIE - PARCOURS MÉMORIEL À TRAVERS LES ARTS ET LES MÉDIAS

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C’est à un autre type de voyage auquel nous convie Denis Bachand, au pays des nostalgies heureuses, au hasard « des lectures, des musiques, des publicités, des fictions télévisuelles, des films et des jeux vidéo ». Si, au cours de notre existence, nous dit l’auteur, nous sommes marqués par nos rencontres avec des personnages en chair et en os, nous le sommes également par nos fréquentations littéraires et culturelles. « À travers elles, nous construisons nos identités. Nous apprenons à vivre et à nous connaître en découvrant différentes visions du monde. » Un des exemples les plus connus de nostalgie nous vient de l’Antiquité, à travers l’Odyssée. Le guerrier Ulysse est inconsolable. Après dix ans de guerre, il a le mal du pays et ne rêve plus que de revenir à Ithaque auprès de son épouse Pénélope. Intéressant projet de Bachand qui, à travers une abondante littérature et documentation, nous invite à redessiner la carte de notre « réservoir à souvenirs ». « Il ne tient qu’à nous de créer des moments mémorables qui alimenteront nos nostalgies à venir. »

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