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Sur les sentiers de la peur

Bernard Minier
Photo courtoisie, Bruno Levy

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Pour son neuvième roman, l’écrivain français Bernard Minier, un maître du polar, propose un thriller palpitant au cœur des forêts de l’Ariège, La chasse. Cette nouvelle enquête de Martin Servaz en met plein la vue et aborde les dérives de notre époque : violences en tout genre, règlements de comptes, manipulations, racisme, et surtout, la peur.

L’action débute un soir d’octobre, dans les forêts denses de l’Ariège, dans le sud de la France. Un cerf surgit tout à coup de la forêt, éclairé par le halo de la pleine lune. Un automobiliste n’a pas le temps de freiner. Mais avant de percuter la bête, il remarque quelque chose d’anormal : l’animal a des yeux humains. 

Ce n’est pas une bête sauvage qui a été chassée dans les bois, mais un humain sur lequel on a enfilé une peau de bête. Un jeune homme qui a fui ses agresseurs, terrorisé, à travers bois. Une histoire glaçante.

Martin Servaz est appelé sur les lieux. Il est vite rejoint par Samira Cheung et Vincent Espérandieu, les deux meilleurs éléments de son équipe. La traque aux coupables ne sera pas facile et dévoilera les problèmes et les failles d’une société qui va de plus en plus mal.

Bernard Minier explique que c’est vraiment la première scène qui lui est venue à l’esprit – le gamin avec la peau de cerf, traqué dans la forêt puis renversé par une voiture. Et c’est celle qui a donné naissance au thriller. « Ça a été un flash. C’est toujours comme ça. Je ne sais pas d’où ça vient. Mais c’est à partir de ce petit flocon que je fais ma boule de neige. Ça commence toujours par la scène inaugurale. »

Anecdotes réelles

Au fil du thriller, l’auteur à succès décrit beaucoup de violence urbaine, des attaques sauvages, des faits divers qui donnent froid dans le dos. C’est inspiré de la réalité dans les villes françaises ? 

« Les sept agressions au couteau en 48 heures dans le centre de Toulouse, sans lien entre elles, ça s’est vraiment passé en 2020. Je n’ai pas inventé ça. Ce sont des anecdotes réelles. J’ai fait référence à l’attentat dans une église de Nice. Tout ça, c’est réel », explique-t-il.

« Je me base beaucoup sur des infos, qui sont soit dans la presse, soit on me les donne sous le manteau. La problématique de savoir si on peut enseigner telle ou telle matière dans les lycées français, ça existe aussi. »

Le nombre de tentatives d’homicide a triplé en 20 ans, en France, ajoute-t-il. 

« On a un taux d’homicides deux fois supérieur à celui de l’Allemagne, de l’Espagne ou même de l’Italie. Oui, on a une montée de la violence. »

Et ça le préoccupe énormément. « C’est le propos de La chasse. Je suis inquiet sur le devenir de ce pays, sur le pays qu’on va laisser à nos enfants. Je ne sais pas comment est la société québécoise, mais aujourd’hui, la société française est une société déchirée, fracturée, où on n’arrive plus à dialoguer. On a l’impression que les réseaux sociaux ont créé des clans, des chapelles, et qu’on n’arrive plus à entendre une opinion différente de la nôtre. On ne l’admet plus. »

Et là où il n’y a pas de dialogue, il y a de la violence, de la haine, de la colère. « Même nous, les personnalités officielles, on doit faire très attention aux messages qu’on véhicule parce qu’on peut très vite se prendre un retour de bâton. C’est devenu très compliqué. »

  • Bernard Minier est considéré comme un maître du thriller.
  • Il a été l’auteur du polar le plus lu en France en 2020 avec son roman précédent, La vallée.
  • Son roman Glacé a été adapté en série télévisée.

EXTRAIT

Bernard Minier
Photo courtoisie

« Ils progressaient difficilement. Entre taillis et arbres. Samira l’avait rejoint et ils suivaient le chemin qu’avaient délimité dans la forêt les techniciens de scènes de crime en tendant de tronc en tronc deux longs rubans jaunes et brillants vaguement parallèles. Ils se tenaient à l’extérieur des rubans. Là où ils ne risquaient pas de piétiner des indices. Entre les deux lignes jaunes, des projecteurs éclairaient des taches de sang et des branches cassées signalées par des cavaliers en plastique, jaunes eux aussi, numérotés. »