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Les élus anglophones ont une responsabilité

Arthur Ayers
Photo courtoisie Le président de l’Association régionale des West Quebecers, Arthur Ayers

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Dans quel monde vivent certains Québécois anglophones critiques des lois linguistiques ?

On apprenait dimanche qu’en septembre, Arthur Ayers, président de l’Association régionale des West Quebecers, a déclaré qu’avec la loi 96, « nous ne sommes pas l’Allemagne nazie, mais nous faisons un pas dans cette direction ».

Il participait aux audiences publiques internes de Quebec Community Groups Network (QCGN).

Lieu commun

C’est lors du même exercice de consultation que l’avocate Anne-France Goldwater avait soutenu que le projet de loi 96 créerait une « nouvelle Gestapo ». En juin, le député libéral Gregory Kelley avait établi un lien entre la mort de Joyce Echaquan, la loi 21 sur la laïcité, la loi 96 sur le français et le racisme systémique.

En somme, le sentiment de former une minorité opprimée vivant dans une société dominatrice, sous un gouvernement en passe de sombrer dans le nazisme, semble être une sorte de lieu commun dans les communautés anglophones.

Des minorités linguistiques pourtant indéniablement privilégiées (comparativement aux francos du ROC). Des minorités qui peuvent avoir des doléances certes, mais pourquoi ce réflexe de toujours crier à l’oppression nazie ?

Totalitarisme

Dans son intervention de septembre, Arthur Ayers explique doctement que le projet de loi 96 participe d’un « nationalisme xénophobe », qu’il contient des « mesures totalitaires » et relève du « fascisme ».

L’intervenant suivant est Joan Fraser, ancienne éditrice de The Gazette et sénatrice libérale (de 1998 à 2018).

Réagit-elle aux énormités proférées par M. Ayers ? Aucunement ! Après avoir souligné l’expertise en droit de l’immigration d’Ayers, elle lui pose, comme si de rien n’était, une question technique !

Responsabilité

Les représentants des communautés anglophones devraient pourtant se sentir une responsabilité de rectifier publiquement les propos manifestement outranciers comme ceux de M. Ayers.

Car ils comportent des risques graves et réels. Certains esprits fêlés peuvent prendre au pied de la lettre ces démonisations extrêmes. En 2012, le soir de l’accession au pouvoir du PQ, Richard Henry Bain a tenté d’assassiner Pauline Marois en criant « les Anglais se réveillent ! ». Il tua Denis Blanchette et blessa gravement Dave Courage.

Censurer, interdire ? Ce n’est pas ce que je prône. J’adhère à une conception très large de la liberté d’expression qui table justement sur le débat public contradictoire.

Le 30 novembre, à Qub, j’ai demandé à la libérale Jennifer Maccarone si elle ne devrait pas dénoncer les inquiétudes exagérées dans sa communauté, comme celle formulée par Mme Goldwater. Gestapo ? Pourquoi ne pas leur dire que c’est une fausse nouvelle ? Ce type de position est « très subjective », a-t-elle soutenu. « Je ne marche pas dans les souliers d’une personne qui a véritablement peur de son futur. »

Heureusement, tous dans le caucus libéral ne pensent pas ainsi. J’ai demandé au PLQ une réaction officielle aux propos délirants de Ayers.

David Birnbaum, député de D’Arcy-McGee, m’a répondu qu’à son avis, les commentaires d’Ayers étaient « stupides, insensibles et totalement déplacés. Toute comparaison avec l’idéologie menant à l’Holocauste est inacceptable, point ».

Il ajouta : « Par contre, la communauté québécoise de langue anglaise continue d’exprimer des inquiétudes légitimes et partag[ées] par beaucoup de Québécois francophones en ce qui a trait au PL 96. Les commentaires de M. Ayers minent ce débat légitime ».

C’est le moins qu’on puisse dire.

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