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L’Action boréale demande une enquête publique

Autre décision aberrante: la mise en enclos des sept derniers caribous forestiers de Val-d’Or

Défendre nos forêts
Photo courtoisie Le Journal publiait samedi dernier un reportage de notre Bureau d’enquête, qui a obtenu des images de l’enclos où se trouvent les sept survivants de Val-d’Or.

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Notre ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) doit être déconstruit. Alors que son mandat l’oblige à « Protéger la forêt », nous estimons qu’il organise le contraire, protégeant essentiellement l’approvisionnement en bois des compagnies forestières.

Depuis 20 ans que l’Action boréale milite pour une foresterie raisonnée et pour le maintien de territoires à l’état naturel, force est de constater que le MFFP désavoue ces objectifs et méprise de plus en plus ouvertement ceux qui le contestent.

Les récentes décisions que le ministère a prises ne laissent aucun doute quant à son obstination à demeurer un simple comptoir de permis de coupes, sans plus.

En effet, il a fallu dix ans de travail (2010-2020) pour que la société civile en arrive à définir un plan de protection du territoire à hauteur de 17 % des grandes régions écologiques du Québec, et ce, conformément aux accords internationaux entérinés par le Québec. En décembre 2020 cependant, le MFFP a unilatéralement écarté les projets prévus au sud du 49e parallèle (Chibougamau) pour les « domper » dans la grande toundra sans arbres, qui se protège toute seule. Quatre-vingt-trois propositions d’aires protégées venaient ainsi de passer à la trappe dans le sud, là où la biodiversité est la plus menacée à court terme.

Quelques jours plus tard, le MFFP accordait des droits de coupe dans l’un de ces projets d’aires protégées, le territoire du Péribonka, au Lac-Saint-Jean. Un « bijou naturel », comme l’avait qualifié le premier ministre. Face à une opinion publique démontée, le MFFP a « suspendu » les coupes pour un an.

Les derniers caribous

Autre décision aberrante : la mise en enclos des sept derniers caribous forestiers de Val-d’Or. Depuis 1984, nous savons que le troupeau de caribous forestiers de Val-d’Or périclite. On sait parfaitement pourquoi. Cet animal se nourrit en hiver de lichen qu’on ne retrouve que dans les vieilles forêts de résineux. Quand un chemin forestier est tracé, l’orignal l’emprunte, et derrière lui, ses prédateurs, dont le loup, qui se tape un caribou en amuse-gueule, en passant. Plutôt que de simplement fermer les accès, le ministère encourage maintenant l’abattage des loups.

En réalité, le MFFP est incapable de s’imaginer une vieille forêt qui vive d’elle-même. Surtout quand elle se trouve à 30 kilomètres de Val-d’Or et de ses usines. Faisant semblant d’être embêté par cette affaire de caribous, le ministre du MFFP, Pierre Dufour, a demandé en 2018 à l’Action boréale de lui soumettre un plan de réhabilitation du troupeau. Ce qui fut réalisé avec l’assistance de deux biologistes éminents à la retraite. Aucun accusé de réception du plan.

Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a eu effectivement un accusé de réception, sous la forme de la visite d’un huissier à la résidence du président de l’Action boréale lui enjoignant de ne plus évoquer publiquement le nom du haut fonctionnaire du MFFP responsable du « dossier caribou », en l’occurrence Francis Forcier.

Dans la foulée, notre président fut cavalièrement exclu d’une table de concertation portant sur le sort du caribou. Nous ne sommes pas de nature impressionnés par l’intimidation, mais nous savons quand même en détecter l’odeur.

Le ministère vénère l’industrie forestière

À la fin des années 1800, l’unique rentrée d’argent dont le gouvernement pouvait disposer provenait exclusivement des droits de coupe de bois. Cette vénération absolue du gouvernement envers l’industrie forestière perdure en dépit du fait qu’une commission d’étude majeure (rapport Coulombe, 2004) ait établi que nos forêts sont surexploitées, mal exploitées. Et en dépit du fait que la population ne perçoit plus notre territoire comme un stock de mètres cubes à la disposition des compagnies. Or le MFFP entretient toujours son archaïque vénération envers l’industrie. Il est là, le problème.

C’est pour cette raison qu’une enquête publique, indépendante, sur la gestion de nos forêts et de leur faune s’impose.

À l’intérieur de ce ministère, au fil du temps, s’est constituée une cellule puissante d’une vingtaine de hauts fonctionnaires – un bunker – imperméable aux autres utilisations du territoire forestier. Tous nos gouvernements successifs ont toléré cette « création technocratique », prenant bien garde de la coiffer d’un ministre sans grande envergure, surtout inexpérimenté dans le domaine complexe de la gestion forestière, et qui répétera en public les phrases creuses, sinon absurdes, que lui dictera le bunker.

L’actuel ministre, Pierre Dufour, en est un parfait exemple. Avant sa promotion ministérielle, il n’a jamais eu de contact avec le monde forestier. Récemment, on lui a même demandé de déclarer solennellement que plus on coupait d’arbres, mieux on luttait contre les gaz à effet de serre ! Une aberrante affirmation rejetée par l’entière communauté scientifique du monde.

Le bunker effectue les inventaires, attribue les volumes de bois, planifie les coupes, les encadre, se débarrasse d’espèces animales qu’il estime encombrantes. Il exerce son droit de veto sur les ententes entre les tierces parties, y compris les Premières Nations. Puis il distribue les amendes pour non-conformité à ses diktats, perpétuant ainsi, et sans gêne, son embarrassante situation de juge et partie. Même l’Hydro ne jouit pas d’une telle impunité.

Une meilleure utilisation du territoire

Ce ministère doit être démantelé afin de lui substituer une organisation capable de réfléchir à un plan pour une utilisation beaucoup plus conviviale du territoire forestier, impliquant tout d’abord les Premières Nations. Une enquête publique indépendante pourra expliquer mieux que nous cette dérive majeure qui a entraîné le MFFP à renier sa loi fondamentale : protéger la forêt. 

Richard Desjardins, vice-président de l’Action boréale 

Henri Jacob, président de l’Action boréale