/news/society
Navigation

À la retraite après 649 jours de travail consécutifs dans un CHSLD

Le Montréalais n’a pas pris de congé dans un CHSLD depuis le 1er mars 2020

Coup d'oeil sur cet article

Un employé d’un CHSLD de Montréal, touché de près par les effets de la pandémie, prendra sa retraite demain après avoir travaillé 649 jours d’affilée au terme de 38 ans de service.

• À lire aussi: Plaidoyer pour une réorganisation en profondeur des soins de longue durée

• À lire aussi: Front commun pour réclamer une enquête publique sur la gestion de la pandémie

« Le monde me traite de fou, mais je me sentais valorisé. J’avais un but, un défi », lance simplement Alain Tanguay, 56 ans, quand on lui demande pourquoi il a tant travaillé durant la pandémie.

« Je conseille ça à personne, mais ç’a été ma propre avenue [pour passer à travers], assure-t-il. Le monde était confiné chez eux. Moi, ça m’arrangeait de travailler. »

Le chef d’équipe de l’hygiène et de la salubrité du Centre d’hébergement du Manoir-de-Verdun calcule que son dernier jour de congé remonte au 29 février 2020. Depuis, il dit ne pas avoir raté une seule journée à l’ouvrage. Malgré les fériés et les vacances, il était présent.

Alain Tanguay, 56 ans, est fier d’avoir traversé les pires moments de la pandémie sans prendre un seul jour de congé depuis le 1er mars 2020 dans le département de l’hygiène et de la salubrité du Centre d’hébergement du Manoir-de-Verdun, à Montréal.
Photo Jonathan Tremblay
Alain Tanguay, 56 ans, est fier d’avoir traversé les pires moments de la pandémie sans prendre un seul jour de congé depuis le 1er mars 2020 dans le département de l’hygiène et de la salubrité du Centre d’hébergement du Manoir-de-Verdun, à Montréal.

Le natif de l’arrondissement de Verdun raconte avoir trouvé l’inspiration pour accomplir cet exploit dans la mort de son cousin Serge, décédé de la COVID le 1er avril 2020. Il était résident du Manoir depuis 2002.

« Tout le monde pleurait. C’était le premier à partir ici à cause du virus. C’était notre mascotte. Je me suis senti impuissant. C’est lui après qui m’a donné l’énergie », se remémore M. Tanguay.

Au total, des dizaines d’aînés y sont morts du virus. Or, le calme est revenu depuis quelques mois, se réjouit-il.

Toute sa vie

Le quinquagénaire divorcé avait une telle énergie qu’il n’a pas hésité à outrepasser ses fonctions pour servir, se considérant désormais comme un « journalier ». Il n’a jamais eu l’impression de bosser.

« C’est une passion. C’est ma vie. On peut s’amuser en travaillant. Sans mes collègues, je n’y serais pas arrivé. On est soudé ensemble », explique M. Tanguay.

« En v’là un qui a fait la différence, dit sa collègue France Leroux, 63 ans, en le prenant par le cou dans le corridor. C’est un monument ! Il n’a jamais baissé les bras. »

Son choix

« Il a fait preuve d’un dévouement d’une extrême rareté à un moment où le réseau de la santé traversait une pénurie de personnel jamais vue, affirme le porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Jean Nicolas Aubé. Mais nous n’avons jamais exigé qu’il soit présent tous ces jours. Il a repris son temps de vacances en après-midi, ici et là. »

« C’est tout à fait inhabituel, mais c’est ce qu’il voulait », tient-il à préciser.

Ainsi, Alain Tanguay prendra sa retraite demain, la veille de son 57e anniversaire, après 649 jours au boulot.

« Les astres étaient alignés pour cette date. Je devrais peut-être m’acheter un 6/49 pour l’occasion », blague-t-il.

Mais le jeune retraité ne s’assiéra pas très longtemps. Il prévoit être bénévole auprès d’enfants handicapés, après les Fêtes.

« Je ne m’en vais pas chez nous à rien faire », conclut-il, même si nul n’en doutait.

À VOIR AUSSI...