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Des bûcherons pris à la gorge

Ils sont payés moins qu’il y a 35 ans pendant que les profits des scieries explosent

André Roy, un bûcheron
Photo courtoisie Le bûcheron André Roy, qui a repris le métier de son père, et qui le transmet à ses enfants, saisit mal que les scieries ne payent pas plus pour son bois. En effet, la forte hausse des prix pour les consommateurs n’a eu aucun impact sur les revenus des producteurs de bois.

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Un producteur de bois de deuxième génération en a assez de voir les scieries lui couper l’herbe sous le pied en achetant son bois le même prix qu’il y a 35 ans, alors que le prix des 2x4 a explosé.

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« Je suis payé moins cher pour mon bois que dans les années 1980 », déplore en entrevue au Journal André Roy, un bûcheron qui possède 430 acres de boisé, à partir duquel il récolte ses arbres pour les vendre aux scieries.

« Ce n’est pas tenable. Les propriétaires m’appellent et me disent qu’ils vont arrêter », lance le sylviculteur, qui porte aussi le chapeau de président du Syndicat des Producteurs forestiers du sud du Québec (SPFSQ).

Ce qui choque André Roy, c’est qu’en mai dernier, des producteurs comme lui avaient un peu plus d’un dollar pour une bille de bois de 8 pieds vendue aux scieries, alors que les consommateurs payaient leur 2x4 plus de 8 $ l’unité.​

Manque à gagner de 105 M$

Dans le sud du Québec et la Côte-du-Sud (16 000 producteurs forestiers) et dans la région de Québec (15 000 producteurs forestiers), les syndicats chiffrent le manque à gagner à plus de 105 millions $.

« Est-ce que la rente a été gardée par les scieries ou les quincailleries ? » se demande à voix haute Vincent Miville, directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ).

« Ce qui est clair et net, c’est que les producteurs n’ont pas eu de hausses substantielles, et que les consommateurs ont payé la note », souligne-t-il.

Au Journal, André Roy affirme que les cours sont pleines et que les scieries ne ressentent pas le besoin d’offrir de meilleurs prix pour la ressource.

« Nos scieurs ne sont pas des philanthropes. Depuis le début de la COVID-19, ils ont multiplié leurs bénéfices par 50. Ils sont morts de rire », plaide-t-il. 

  • Écoutez la chronique de Michel Girard au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB Radio:  

L’industrie se défend

Au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), on fait valoir que le prix du bois rond n’est pas le prix du produit transformé.

« Pour sortir le 2x4, il faut enlever entre 40 % et 50 % de résidus, de rabotures et autres », illustre son PDG Jean-François Samray.

Le CIFQ insiste : c’est le scieur qui prend « l’ensemble du risque » et le producteur peut choisir de ne pas couper leurs arbres si le prix ne lui convient pas.

« C’est comme si on avait un producteur de bœuf qui disait : “Je veux avoir le prix du filet mignon pour mon bœuf”. Le bœuf n’est pas composé uniquement de filet mignon », illustre Jean-François Samray, pour enfoncer le clou.

Prêt à discuter

Du même souffle, le grand patron du CIFQ ouvre la porte à des échanges avec les producteurs.

« Les scieurs du CIFQ sont ouverts à avoir une discussion sur la base du partage du risque. En affaires, la marge bénéficiaire ou la perte est en fonction du niveau de risque qui a été pris », explique Jean-François Samray.

« Quand les scieries roulaient à perte, personne n’était là pour nous dire : “Je vais t’aider. Je vais être là” », conclut-il.

– Avec la collaboration de Martin Jolicoeur


Dans le sud du Québec, la Côte-du-Sud et la région de Québec, les ventes de bois en 2020 s’élevaient à 113,4 millions de dollars pour un volume total de 2,2 millions de mètres cubes de bois.

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